Billets d'humeur

La découverte de l’infidélité est une expérience traumatique. Il est souvent difficile d’être objectif lorsque nous traversons des situations déstabilisantes. Parlons en sans complexe.

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Re: Billets d'humeur

Message par Sans Prétention » dim. 11 févr. 2018 06:42



Voler, c'est quand on a trouvé un objet qui a pas encore été perdu...

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SUR EMOREJ

Message par Sans Prétention » sam. 3 mars 2018 12:52

Humeur du jour...

Une re lecture d'un certain état d'esprit, même s'il s'agit d'un troll.

Je n'ai pas osé écrire sur le post d'Emorej tant il m'avait semblé que ce serait faire offense à sa mémoire en salissant son témoignage de mes commentaires.

Je pose cela ici dans le cas où ça pourrait servir (à la sœur d'Emorej, comme à d'autres...)

Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
On m’avait parlé de ce fil de forum mais je ne pensais pas qu’il existait vraiment.
Posé d'entrée de jeu : CF (Cocufieur) évolue dans un système où le besoin d'aide, même virtuel, après une infidélité ne peut exister.
ll s'étonne de ce que des personnes puissent vouloir (et, comble de l'horreur, pouvoir) se soutenir mutuellement.
Le site est donc pour lui une hérésie. A la lecture de ses déclarations, on comprend aisément pourquoi.

Le discours qui suit fera émerger en effet l'essentiel d'une pensée profonde, cohérente avec des options de vie : tous ceux qui aiment sont des faibles.
Chaque événement est donc envisagé par le prisme de la haine (dans un univers sans amour) et de la domination.


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
Si je recoupe les faits, les dates, le prénom, le décès, alors il semble que ce soit moi, le cocufieur que vous jugez.
Le jugement est une capacité humaine, c'est, par exemple, ce qui permet "d'apprécier" une situation : elle est soit intenable, soit agréable, soit neutre.
Une relation peut également être "jugée" comme étant épanouissante, étouffante ou ennuyeuse.

C'est un ressort humain naturel. Il est à corriger avec l'expérience mais ne peut en aucun cas être évacué malgré les multiples tentations très actuelles de vouloir rendre ce mécanisme abscons.

Ici, CF se sert d'une bien heureuse confusion, partagée d'ailleurs par un grand nombre de personnes, et pas toujours des mieux intentionnées, pour se dédouaner de ses agissements.
"Moi le cocufieur que vous jugez" indique un "mauvais jugement" sur sa personne de la part de gens "qui ne connaissent pas tout", alors que dans le réel, il s'agit de pointer des actes qui ont abouti à la mort d'une personne.
Juger d'actes et juger d'une personne n'est pas la même chose...

CF se pose en victime en invoquant une attaque ad personam (attaque contre sa personne). Cette manoeuvre est importante pour pouvoir décoder la suite.


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
Facile de se faire une opinion sans tout connaître, mais vous êtes des faibles, comme lui, et cela ne m’étonne pas beaucoup.

CF continue de dérouler le fil de sa pensée en posant comme vérité indépassable le fait que ceux qui jugent "ne savent pas tout". Peut-être sont-ils des "ignorants".
(Pour ceux qui se rappellent la venue de Monsieur Fifi sur le site, l'argumentaire est le même. Idem pour d'autres commentateurs qui ont "trouvé" le site par le biais de leurs conjoints "cocus" : ici tout le monde est faible, stupide, aigri...)

Il enchaîne néanmoins avec une idée que lui-même repousse une phrase plus haut : l'argumentum ad personam.
C'est-à-dire que CF se dit victime d'un jugement (honteux) sur sa personne et accuse tout de suite derrière un ensemble de personnes (les intervenants du site).
Celles-ci sont jugées "faibles", comme "lui" (Emorej). Magnifique inversion des rôles en deux phrases...

Il passe de victime à accusateur en pointant du doigt des internautes dont il ne sait pas tout non plus. Mais cela ne le dérange guère.
Selon ses filtres, tout le monde ici est insuffisant.

CF joue dans le triangle bourreau/victime/sauveur avec une aisance déconcertante.

Peut-être Emorej était-il "fragile" (retenons l'option pour l'heure), peut-être avait-il une faible estime de lui (comme c'est souvent le cas chez les cocus, ne le nions pas) mais là où le bât blesse, c'est que le "jesuispaunmonstrecévoukikomprenérien" est annulé par la démarche même de CF : il poste, comble de la lâcheté, après la mort d'une personne qui ne peut plus se défendre.

Cet état de fait annule également l'argumentaire énoncé par CF lui-même : pour lui en effet, c'est facile de juger "sans tout connaître".
Soit. Mais le débat contradictoire peut-il avoir lieu avec une personne disparue ?

Dès les premières lignes apparait une rhétorique saturée de manipulation.

L'aspect malsain du message est renforcé par un choix de pseudonyme qui ressemble à une fanfaronnade.
La personne se sent jugée mais se désigne elle-même comme "Cocufieur", presque fier.

Dans tous les cas donc, "les autres" sont "faibles" (le jugement est lapidaire, ne distingue pas les particularités individuelles) et "Sandra", la femme d'Emorej, est grossièrement une libertine qui s'ignore (comme "toutes les femmes", encore un jugement à l'emporte-pièce).
Lui, n'est donc responsable de rien.

Mais surtout "cessez de me juger... Moi je vous juge plus sévèrement encore"...


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
Ce n’est pas moi qui ai provoqué tout ça, elle était en manque d’exotisme,
Le syndrome "cétafote" est un réflexe bien pratique qui permet de rejeter sur l'autre sa folie.
Cette façon d'agir a été révélée dans nombres de traités psychologiques servant à cerner les personnalités aux contours narcissiques et pervers.

Jean-Charles Bouchoux
, par exemple, à la suite de Racamier et d'autres a abordé la question en profondeur.

La contradiction révélée par CF est crasse : SI Sandra est une femme structurellement "exotique", ALORS Emorej ne peut être responsable des "choix" sexuels de sa femme (non ?).
Mais CF accuse bien la "victime" d'être responsable... De sa faiblesse (!!!).
Une fois encore, la rhétorique qui fait sombrer dans la confusion repose sur un paradoxe qu'il est souvent inutile de chercher loin...


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
J’ai transformé une chrysalide en papillon,
CF se dit totalement hors jeu concernant sa responsabilité dans les événements tragiques qui se sont déroulés. Il se dit injustement accusé, sur des bases selon lui lacunaires.
MAIS dans le même temps, il se propose d'être celui qui a "transformé une chrysalide en papillon".
Il se place donc au-dessus du commun des mortels à qui incombent la responsabilité de leurs actes, il est, lui, "créateur" !!!!

Le narcissisme sans borne de CF s'exprime ici avec plus de force lorsqu'il se déroule à lui-même un parterre de fleurs, des gerbes sans doute :


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
Sandra (je ne donnerai pas son vrai prénom) attendait un vrai mec dominant,
Le monde ainsi, selon CF, se découpe en deux catégories d'après un principe simple, binaire, infantile :
il y a d'un côté les "faibles", de l'autre les "dominants" (caste d'où sont par ailleurs exclues les femmes).

Les rapports amoureux sont désertés par les sentiments (et particulièrement le partage, la complicité). Ce qui prime ici est de "gagner", dans une compétition des plus archaïques dans laquelle tous les hommes sont envisagés comme des adversaires. Le sexe de la femme (sexe faible) nécessairement (dans le discours de CF il ne semble pas exister d'autre option) dominé est brandi comme un trophée, un signe de puissance, comme au temps des cavernes (ce qui constitue un fantasme : les recherches actuelles ont mis à jour des rapports hommes/femmes primitifs bien plus complexes que la caricature pseudo réflexive appuyant la légitimité de la lutte du mâle dominant.)

Ce sexe d'ailleurs n'est pas que dominé. Il est également "humilié".
Les femmes, dans leur ensemble représentent donc une masse à conquérir sexuellement, et les autres hommes, bien entendu inférieurs, sont assujettis à son "bon vouloir" : il "autorise" les paiements (sexe et argent = pouvoir) pour qu'ils usent de Sandra... Tout est sous contrôle; et Sandra avec, elle qui "accepte" de se transformer en "objet sexuel". Et elle n'a pas d'autre destin.


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
aimait se sentir humiliée, aimait donner du plaisir à plusieurs hommes en même temps et se transformer en objet sexuel. Jérôme ne savait pas lui offrir ça, ne pouvait pas concevoir de relation moins conformiste, n’imaginait pas qu’une femme puisse aussi vibrer en se faisant payer par d’autres hommes pour satisfaire les fantasmes d’un amant par exemple.
CF donc, "créé" un papillon, "transforme" en objet sexuel, fait payer (tel un mac qui a pleine possession d'une personne réifiée, chosifiée) des hommes mais n'est responsable de rien.
Ce sont "les autres" qui ne savent pas se défendre ou dominer. Les autres encore qui acceptent de payer. Les autres enfin qui "meurent", sans qu'aucune émotion ne soit audible dans un discours qui a tué l'essentiel de ce qui constitue la nature humaine envisagée sous son seul aspect bestial.

Le pseudo dialogue est redoutable : il n'attend en réalité pas de réponse.
Il fait écho à celui des violeurs pour qui les victimes sont responsables de ce qui leur arrive, car habillées de manière provocante, là au mauvais endroit au mauvais moment ou encore trop aguicheuse pour en réalité ne pas être d'accord.
Il reprend les idées des hommes violents qui font s'originer leurs accès de colère incontrôlés dans les maladresses de leurs épouses...
Le portrait d'une personne à la structure psychotique se dessine derrière CF qui se défend des attaques mièvres qu'une communauté (SOS Cocus) "ose" porter contre lui tout en dénonçant sur son propre compte des faits bien plus graves.

Quelle est donc la tare d'Emorej en plus de celle d'être faible ?
Celle, honteuse, d'offrir à la femme qu'il a épousé une vie "conformiste".
Le mot est vomi comme s'il s'agissait d'un plat dégoûtant.

Le conformisme a sans doute des aspects bien étouffants (mais à l'heure du mariage consenti, de la libération des moeurs, de la multiplication des inscriptions sur des sites de rencontres extra conjugales, de la multiplication des modèles sociaux qui
s'expriment entre libertinage et polyamour, peut-on encore parler de "conformisme" ?) mais l'antidote proposé par CF repose sur des rapports de dominations mortifères. Il est la seule issue.

Sa vision est déformée : nombre de femmes, après pareil "lavage de cerveau" et comportements aussi outranciers regrettent. Souvent trop tard mais "je n'avais pas de cerveau" ou "ce n'était pas moi", "je te remercie de m'avoir ouvert les yeux" revient souvent lorsque le partenaire décide de quitter la table du jeu de poker menteur. Mais qu'importe la réalité : tout est pour cet esprit malade jeu de manipulation.

CF, dénué d'empathie, accusateur ne connaissant pas la culpabilité, continue à cracher son venin de manière acharnée sur la tête d'une personne décédée en lui portant encore quelques estocades, avec un argumentaire ad personam, précédemment rejeté :


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
Lui ne faisait que pleurer sans agir, ne représentait aucune autorité, aucun pouvoir, aucune force.
Bienvenue dans la jungle.


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
Je ne l’ai pas harcelé contrairement à ce qu’il a pu dire, je lui ai seulement fait comprendre que j’étais là, installé dans la vie de sa femme et qu’il fallait qu’il cède et accepte.
CF ne peut être responsable de quoi que ce soit.
Dans sa superbe, proche de celle d'un dieu "créateur" et qui "domine" les hommes, il lui suffit de "faire comprendre qu'il est là".
CF n'agit pas, il EST. Et l'autre doit "céder" et "accepter".
Le narcissisme ici exprimé donne le vertige. Il s'amalgame à un sentiment de toute-puissance exacerbée, rendue légitime par ce qu'il considère comme étant de la faiblesse, sans jamais employer le mot interdit, comme un tabou, l'AMOUR.
Tout est sexe, tout est domination, tout est (par)"ETRE".


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
Je n’ai de relation qu’avec des femmes mariées,
Des défis imbéciles qui se relèvent même lorsque la situation devient impossible. Ils justifient le harcèlement, le mépris, la haine.



Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
c’est d’ailleurs moi qui ai poussé Sandra à se marier car elle comprenait qu'il est beaucoup plus excitant de tromper un mariage qu’un concubinage. Toutes ignorent leur potentiel et de quoi elles sont capables, et ce que leur mari est incapable de faire, moi, je le fais : Je les révèle.
CF refuse qu'on lui attribue une quelconque action, dénie sa responsabilité mais pourtant, le voilà aux commandes et ce, depuis bien avant le mariage : "C'est moi qui ai poussé Sandra à se marier"...
La préméditation est ici affirmée mais elle passe presque inaperçue tellement on est noyé sous un flot d'immondices. Elle est noyée et niée... "Vous ne savez pas tout", "ce n'est pas moi qui..."

L'orthographe de la personne est impeccable. Elle semble instruite. La préméditation se double donc d'un machiavélisme effarant. Et tout cela nourrit un égocentrisme des plus débridés : "ce que leur mari est incapable de faire, MOI, je le fais".

Il est à noter que l'amour, par exemple, la compassion, l'empathie, ne peuvent "révéler" une femme (ce ne sont là sans doute que mièvreries et erreurs de programmation de la nature).
La "révélation" est axée sur le sexe. Le sexe et la domination. Et elle se concentre sur "la part sombre"...
Ce qui est à la lumière est donc inconsistant, volatile.
Curieux, "révélation" est un terme que l'on utilise en religion pour désigner une vérité cachée que l'on n'offre qu'à certains élus...


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
Dans tous les cas, mon intervention est positive et j’évite à ces couples pathétiques de s’enliser dans un traintrain quotidien.
CF n'est responsable de rien MAIS son "intervention" est positive (encore un paradoxe, encore une parole qui rend fou, qui dit une chose et son contraire en très peu de temps de sorte que l'esprit se perd, culpabilisé de mal comprendre ou mal faire quelque chose...).

CF se pose également en sauveur : il "évite" aux couples "pathétiques" de s'enliser.
Ce qui est révélateur dans cette intervention, c'est sa prétention à ne pas satisfaire uniquement "les femmes", ce dieu (god) du sexe, "libère" les couples.
Que deviennent ceux qui n'acceptent pas son "salut" ?


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
Bref, je ne suis plus avec Sandra aujourd’hui, maintenant que son mari n’est plus là, ça ne m’amuse plus.
Tout est "jeu".
Le "jeu" est ce qui est irréel ("Tu viens, on joue aux cow-boys et aux Indiens ?"). Il est également la voie de venue au monde privilégiée des enfants.
Voici donc un sale gosse qui s'amuse avec les sentiments des autres tel celui qui arrache les ailes aux mouches dans un élan sadique, pensant tromper son "ennui" synonyme de pathologie à psychanalyser.

Et l'horreur atteint ici son apogée : "maintenant que son mari n'est plus là, ça ne m'amuse plus". La mort n'est pas nommée, elle est évitée dans un langage qui désincarne une personne : la mort et le jeu cohabitent dans la même phrase sans qu'une ombre de compassion ne transparaisse dans les mots.

Un peu comme dans un jeu vidéo, la mort crée un "game over". Mais celui-là, définitif, semble envisagé comme un dommage collatéral presque insignifiant. Le réel est "dépassé" dans une course pulsionnelle nourrie par Thanatos.

Le "jeu" consiste donc à briser des liens monogames et à dominer dans une irréalité psychotique des plus torturées.
On peut poser l'hypothèse que, incapable de créer lui-même du lien, parce que vide du sentiment d'amour, CF se plaît à démolir tout ce que les autres peuvent construire.


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
Elle a démissionné, je ne travaille plus avec elle et il paraît qu’elle est en profonde dépression. Ça vous plaira surement, et vous y verrez une forme de justice probablement.
Infamie : CF retourne ses errements immoraux contre ceux qui "croient" en l'amour, contre les faibles...
Pour son esprit atteint, la dépression de Sandra pourrait être synonyme de réjouissance. Comme si le monde entier n'était fait que de vengeances infinies.

Sa haine est projective et les cadavres s'amoncellent sur son passage sans que le moindre émoi ne soit exprimé :
Il y a un mort, une femme en dépression et bien... Ça ne m'amuse plus, je suis arrivé à mes fins... Récupérez les restes si ça vous aide, moi je passe à autre chose semble dire CF.


Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
Tout ceci pour dire que toutes, et absolument toutes les femmes mariées que j’ai voulu avoir, je les ai eues et je les ai transformées parce que toute femme mariée s’ennuie avec son mari sans le savoir et aucune femme n’est faite pour un seul homme.
La valeur d'un "homme" est déterminée par sa capacité à "piquer" la femme des autres.
Réflexe néandertalien qui marque un accident dans l'évolution affective de cette personne qui se gargarise de ses piteuses conquêtes :
les femmes qui "plongent" en effet avec ce type d'individu ont souvent des failles narcissiques. Il ne voit pas les limites de sa gloire désuète...
Il ne sera jamais celui avec qui "elle" construit...
L'argument naturaliste bien connu justifie sa déviance : la femme est ainsi, pourquoi contrarier la nature ?
Il n'est pas étonnant alors de voir des instincts primaires s'exprimer ici... Tout est mis en scène sur fond d'environnement hostile de type préhistorique.
Non pas que la vie ne soit pas difficile, mais elle n'est pas que combat des cavernes... Mais CF se plaît à rejouer une scène archaïque qui, si elle disparaissait, signerait la fin de son règne.



Cocufieur a écrit :
jeu. 13 nov. 2014 12:53
Je ne fais que leur ouvrir les yeux et ne suis pas du tout le monstre que Jérôme a décrit.
Ainsi, CF achève sa "mission" : il vient, sur ces derniers mots, révéler au monde que le monde n'est que rapports de forces, sexe et domination...
Tel un antéchrist ignorant les concepts d'empathie, de partage, d'équité et d'authenticité, le voilà lavé de tout péché : "je ne suis pas un monstre, je ne fais que vous ouvrir les yeux et aider les pauvres crétins de couples conformistes à revenir à leurs bas instincts" ...
Il faudrait presque l'en remercier...

J'espère que l'adresse IP de cette personne est dans la base de données et que la sœur d'Emorej pourra servir de ce témoignage pour faire appel.

S'il ne s'agissait pas de "l'amant", la démonstration reste valable.

Bonne journée ...


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brassens
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Re: Billets d'humeur

Message par brassens » sam. 3 mars 2018 16:59

:ala:

Tout est dit! J'extrais ce portrait type du pervers sexuel qui est très parlant :
Sans Prétention a écrit :
sam. 3 mars 2018 12:52
Le monde ainsi, selon CF, se découpe en deux catégories d'après un principe simple, binaire, infantile : il y a d'un côté les "faibles", de l'autre les "dominants" (caste d'où sont par ailleurs exclues les femmes).
Les rapports amoureux sont désertés par les sentiments (et particulièrement le partage, la complicité). Ce qui prime ici est de "gagner", dans une compétition des plus archaïques dans laquelle tous les hommes sont envisagés comme des adversaires. Le sexe de la femme (sexe faible) nécessairement (dans le discours de CF il ne semble pas exister d'autre option) dominé est brandi comme un trophée, un signe de puissance.
Ce sexe d'ailleurs n'est pas que dominé. Il est également "humilié". Les femmes, dans leur ensemble représentent donc une masse à conquérir sexuellement, et les autres hommes, bien entendu inférieurs, sont assujettis à son "bon vouloir"



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Une simple lettre d'amour

Message par Sans Prétention » lun. 12 mars 2018 13:16

"Dès qu'une femme aime un homme, elle fabrique un infidèle".


Je n’ai jamais cessé d’être méchant avec toi – au début surtout (c’est drôle, on parle de « début », mais quand une histoire n’a pas lieu d’être, le début contient déjà la fin ; le début et la fin se confondent, ils sont strictement la même chose, les distinguer n’a aucun sens, si ce n’est pour les dissocier dans la chronologie). Des petites méchancetés médiocres, comme sont capables d’en ourdir, dans leur cerveau qui ne va pas très bien, les gens comme moi. Il suffisait qu’une attachée de presse un peu hystérique laisse un message ambigu sur mon
répondeur, et voilà que j’écoutais trois, quatre, cinq fois le message devant toi, allant jusqu’à te demander de déchiffrer la fin d’une phrase, soi-disant inaudible. Je me souviens de ta dignité dans ces cas-là. Tu ne t’emportais pas. Tu ne disais rien. Mais, devant le miroir de ma
salle de bains, ton beau visage fait pour sourire se froissait. Abîmer ta beauté était un plaisir ; une nécessité ; une joie. Un besoin.

Pourquoi faisais-je cela ? Parce que je suis malade n’est pas une réponse. C’est une explication, pas une réponse. Je le faisais parce que je le faisais. Un monstre, que j’ai encore du mal à contenir aujourd’hui, cherchait à toute force à se vomir de moi, pour t’éclabousser. Il sort ses griffes chaque fois que je suis censé « être heureux ». Il danse quand je dors. Détruit tout. Ménage à trois : toi, moi, lui. Ou plutôt : toi, lui, moi. Ce mécanisme est bien connu des amoureux : il s’agit là de masochisme, bien sûr. De masochisme comme modalité de la peur.
Détruire par précaution, si j’ose dire. La peur, pour celui qui ne détruit pas l’autre, d’être détruit par l’autre.

(...)

Admettons que tu m’aies fait du bien : je me vengerai de ce bien que tu m’as fait. Une des énigmes de l’homme est qu’il piétine en priorité, au prorata de l’amour reçu, tous ceux qui ont œuvré à son bonheur.

Je ne peux m’empêcher de te faire du mal. Le mal que je te fais ne s’oppose pas au bien que je prodigue : il est couplé avec, livré avec, compris avec. Il n’en est pas l’inverse, ni même le complément : simplement, c’est la même chose. Comme j’aime, je dois détruire. Mes démons intérieurs n’adorent rien tant que prendre de court la destruction extérieure annoncée, programmée, toujours déjà validée. Je gâche avant que ne commence le travail du gâchis. Je massacre avec subjectivité ce qui s’étiolera avec objectivité. Je coupe l’herbe sous le pied des choses.
Ce qui caractérise cette lettre, tu l’auras sans doute remarqué, c’est le franc-parler de son lyrisme. Comme une nef taguée. Suis-je totalement vrai ? J’essaie ; je fais tout pour y atteindre.

Ça aussi, c’est un leurre. Tout est leurre, sauf l’heure exacte de la mort. Je ne t’écris pas pour être méchant : pour être comique, aussi. Je l’avoue, je m’entraîne un peu sur toi : j’élabore des effets, j’esquisse des manies. Je postillonne un peu de style, pour voir. J’aimerais tant inventer un genre neuf, bâti sur l’incohérence de ses fondations : du sublime qui insulte, de la mésange qui rote, des mânes qui dégueulent.

Tu dois te poser des questions sur moi, sur nous. Les dernières fois, je n’ai pas été très agréable. Tu as raison : je suis un « caractériel ». Étrangement, j’ai remarqué que les caractériels n’avaient aucun caractère ; ils ne font que faire payer leurs faiblesses et surtout leur faiblesse aux autres. À ton contact, ce défaut semble s’amplifier, se porter lui-même au carré, au cube, ainsi qu’un fleuve débordant de son lit. Je sais, c’est effrayant. Dès que nous sommes ensemble, je suis en crue.

Du peu que j’en sache, la fonction de l’amour consiste à produire davantage d’amour que l’amour. Chez moi, à l’instar de ces clowns chez qui l’exercice de la rigolade se conclut par le spectacle du suicide, l’amour aboutit à sa propre négation : la haine. La haine qu’on éprouve pour quelqu’un qu’on hait n’est rien à côté de la haine qu’on ressent pour quelqu’un qu’on aime. J’en suis venu à te haïr. Ne me demande pas à quel moment cette sensation a grimpé en moi ; mais elle est là, installée. Je ne te hais pas par le prisme d’un dépit, d’une peine, d’une blessure, d’une vexation. Je ne te hais pas comme certains haïssent, c’est-à-dire en aimant à l'envers. Je ne te hais pas en diagonale. Je te hais tout droit.

Je ne suis pas à l’aise ; je devrais cacher cette vérité, du moins la travestir. Impossible. Je viens de me regarder dans le miroir de la salle de bains. Je suis un homme ; ni complètement beau, ni tout à fait laid : un homme qui a fini par te haïr. Haïr ton corps, tes mouvements, tes
habitudes, tes mains, ta voix, les propos prononcés par ta voix. Redondance de ces propos, redondance de tes mains, redondance de ton être. Tu redondes, mon amour.
Il faudrait faire gicler des êtres, à la façon d’une vanille, la part d’inédit qu’ils recèlent.

Faire d’eux une perpétuelle première fois, une première fois dans tous les domaines, dans le regard, dans la respiration, dans le rire – faire face, sans arrêt, à un émerveillement pur, effrayant, prolongé. Sentir la proximité de la mort dans cet excès, cette permanence d’insoutenable nouveauté. Quelque chose qui serait abruti de naissance, de venue au monde –jusqu’à risquer de perdre aussitôt ce monde.

Je voudrais te connaître jusqu’au sang. Visiter ton intime charogne, tes mouvements, tes syncopes, habiter une veine, étudier des exhalaisons, goûter ton œsophage, sucer tes sucs. On me l’interdit, puisque l’autre est clos. Tu ne resteras qu’une drôle de grimace, ta chair un appétit, tes journées un lieu pour mes vacances. Après séparation, nous reviendrons à nous-mêmes, enfermés, butés, emmurés, entêtés, prêts à recommencer avec un autre corps cet amour qui ne rime à rien. Prêts à fabriquer des promesses que nous ne tiendrons jamais, à raconter les mêmes histoires pour les essayer sur une autre moue. Prêts à fracturer une existence qui ne nous avait rien demandé. Prêts à détruire encore, dans l’imbécile frénésie du temps qui passe.

Yann Moix, Une simple lettre d'amour.


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Re: Billets d'humeur

Message par Sans Prétention » mar. 17 avr. 2018 17:40

Sur ma lancée , j'ai réactivé son ancien profil , celui sur lequel figuraient nos précieuses conversations.

Après plusieurs essais , je réussis à saisir le bon mot de passe . Je voulais y arriver pour connaître la véritable personnalité de celui que j'avais épousé . J'ai pu recueillir des tonnes d'informations et même des révélations sur cet être qui me devenait de plus en plus étranger et qui était mon mari ! Un être qui se débatait au milieu de mille intrigues et de tellement de mensonges.
J'ai appris , entre autres , qu'il s'était rendu à Montpellier un an et demi plus tôt pour y rencontrer une amie , alors qu' il prétendait ne pas connaître cette ville. Un menteur compulsif.

Il changeait son discours en fonction de ses partenaires , pouvant même les transformer en son inverse.
Un dragueur , un provocateur , toujours en chasse d'une nouvelle proie.

Comment ai-je pu être aussi naïve ?

Je découvris aussi qu'il n'avait jamais cessé de m'espionner sur le net. Tout était répertorié sur une adresse mail installée sur ma tablette tactile au nom de son père.

J'appris également qu'à notre retour de Montpellier et, au moins à partir du 6 septembre 2014, il s'était mis à la recherche d'un appartement à Saint-Denis.

J'étais meurtrie d'avoir vécu sous un tel amoncellement de mensonges , de faussetés, de duperies.

Je lui fis une scène.
Il ne trouva pas mieux à dire que ces mots : "Tu n'avais pas à fouiller".

Une fois encore , il se mit à retourner la situation à son avantage. Je me sentais coupable , prête à lui faire des excuses.

L'amour menteur, Céliante Bertrand Gaston Lotito - Les impliqués Éditeur


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Re: Billets d'humeur

Message par Sans Prétention » dim. 6 mai 2018 06:41

Grosmonkey a écrit :
ven. 14 avr. 2006 17:28
je suis choqué de lire autant de thérapeutes et leur façon de traiter l'infidélité par une simple question de valeur religieuse! c'est une grande bêtise à mon sens!!!!

On ne peut pas tout imputer à l’éducation judéo-chretienne que nous avons reçu. J’en veux pour preuve le rejet de l’infidélité dans toutes les civilisations. Et oui, si on parle de modèle judéo-chrétien, on effectue un rapprochement à l’Ancien Testament et aux valeurs qui y sont prônées. Mais chez les Egyptiens Antiques, les Incas, les Mayas, les civilisation asiatiques et autres, l’infidélité est perçue de la même manière qu’ici, et on ne peut pas parler de judéo-christiannisme !!!! Même chez les agnostiques !!!!

Le rapprochement fidélité / judéo-christiannisme est certes valable en psychologie, mais pas en philosophie !!!! c’est de l’incohérence pure !

Alors pourquoi me direz-vous ?

Tout simplement parce que des personnes en détresse ont souvent besoin de se raccrocher à quelque chose qui les dépasse. De la même manière que beaucoup de gens dans le deuil s’en remettent aux mains d’un hypothétique Dieu.

dans le cadre d’une personne trompée, il est plus simple d’entendre «ce n’est pas si grave, c’est votre éducation et votre vision de la société judéo-chretienne qui vous empêche de relativiser l’importance ou non d’une infidélité», plutôt que de vous projeter dans la réalité la plus crue «la personne qui vous avait juré fidélité vous a trahi, et a détruit le nid de confiance que vous aviez bâti».

De la même manière, une personne infidèle aura souvent tendance à idéaliser sa relation d’adultère, afin de se cacher derrière un «mais je ne pouvais pas resister, quel grand amour je vis». Il est plus apaisant pour sa conscience d’y voir un amour extraordinaire comme on n’en vit jamais à une réalité plus crue «c’est juste une verge dans un vagin»…

Alors arrêtons de vouloir dépasser ce concept «judéo-chrétien» qui n’en est pas un, mais plutôt la dernière excuse à la mode pour éviter de se regarder dans un miroir…


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so78
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Re: Billets d'humeur

Message par so78 » lun. 7 mai 2018 01:35

A écouter le replay La Libre antenne - Sophie Peters - 04/05/18 #europe 1, pour la première partie.

Très intéressant sur notre tendance à appeler PN un peu trop vite (dont moi) et surtout pour apprendre ce qu'est être affectivement dépendant, de notre responsabilité et à comprendre la nécessité de sortir de cette dépendance. Ce bout d'émission a trouvé echo en moi.



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Re: Billets d'humeur

Message par Sans Prétention » mar. 8 mai 2018 07:22

so78 a écrit :
lun. 7 mai 2018 01:35
Très intéressant sur notre tendance à appeler PN un peu trop vite (dont moi) et surtout pour apprendre ce qu'est être affectivement dépendant
Trop vite, oui.
Parfois il s'agit de simples connards à la structure psychotique (pas des psychotiques, c'est pas pareil).
Les personnes toxiques sont comme des cancers : ils sortent quand le contexte est favorable à la prolifération de leur toxicité.

Mais dans tous les cas, il y a incompatibilité profonde entre deux structures qui ne conçoivent pas l'amour de la même manière. Incompatibilité profonde quand les valeurs fondamentales ne sont pas partagées.


so78 a écrit :
lun. 7 mai 2018 01:35
comprendre la nécessité de sortir de cette dépendance.
Oui. Ca c'est un leitmotiv sur le site (mais toujours à nuancer, bien sûr. Nous sommes des êtres sociaux et nous avons par conséquent besoin des autres pour être bien. Mais quels autres ?).


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Re: Billets d'humeur

Message par Sans Prétention » mar. 8 mai 2018 07:56

so78 a écrit :
lun. 7 mai 2018 01:35
A écouter le replay La Libre antenne - Sophie Peters - 04/05/18 #europe 1, pour la première partie.
Attention !

Beaucoup de vrai dans l'extrait cité; mais si on n'est pas assez armé, on peut retomber dans la culpabilisation de soi à outrance ("Je suis nulle, je ne me prends pas assez en main, je suis la source de ses problèmes, je ne le valorise pas assez, je suis pas assez bien pour m'aimer suffisamment, je suis dépendante affective"...)

La responsabilisation oui, la nouvelle culpabilisation déguisée non (parce que ces beaux principes de valorisation / dévalorisation de l'autre, recentration sur soi / sur le couple, ça marche dans les deux sens ! Sans cette réciprocité, c'est de toutes façons la fin de l'histoire. Du moins la fin de son bon fonctionnement...)

Je mets le lien quand même parce qu'il y a des choses intéressantes (à nuancer tout de même. Il faut appeler un chat un chat... Un phobique de l'engagement ne sera de toutes façons JAMAIS bien quelque soit la personne avec qui il se trouve) :
http://www.europe1.fr/emissions/libre-antenne#3644012

Sinon, rien de vraiment neuf dans cette émission...

hugo a écrit :
lun. 7 mai 2018 10:05
Sur ce forum tout le monde insiste pour prendre soin de soi avant tout, bah ils ont raison, réapprend à prendre du plaisir avec toi même et franchement oublies le très vite

:fleur


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Si votre conjoint fait ces 5 choses...

Message par Sans Prétention » dim. 13 mai 2018 02:50

Si votre conjoint fait ces 5 choses, c’est un PERVERS NARCISSIQUE*

Mon ex-mari était maltraitant : physiquement, sexuellement et surtout psychologiquement. (À tous ceux qui penseront à l’expression : « Les bâtons et les pierres peuvent me briser les os, mais les mots ne m’atteindront jamais » ils ont visiblement du mal à ressentir quoi que ce soit.)

En bref, mon ex était un pervers narcissique – un sociopathe fini.

Lors de notre séparation, après presque 8 ans de mariage, il s’en alla avec des morceaux de moi : ma fierté, mon estime de soi, mes espoirs et mes rêves. Il n’a pas pris ces choses à l’aide de ses mains mais à l’aide de ses mots.

Mais les pervers narcissiques sont rusés : ils sont très doués pour vous donner l’impression d’être tout le contraire de ce qu’ils sont réellement — tellement doués parfois, qu’il est difficile de s’apercevoir que l’on est victime de violences psychologiques.

Ouvrez enfin les yeux grâce aux indices que j’ai réussi à isoler :


1. Il vous fait croire que tout est votre faute.

Les pervers narcissiques ne font pas toujours preuve de méchanceté pure et simple ; la plupart du temps ils sont même charmants et compatissants. Une minute vous êtes en pleine dispute et la minute d’après, il vous dit d’une voix douce « écoute mon cœur, je ne veux pas me battre avec toi. Je sais que tu n’as pas pu t’empêcher de gâcher notre soirée et qu’il t’est difficile d’être moins émotive. »

Vous voyez ce qu’il essaie de faire en vous parlant comme ça ? Au lieu de se concentrer sur le vrai problème, il vous insuffle l’idée qu’en fait, d’une manière ou d’une autre, vous êtes responsable de la dispute. C’est parce que les pervers narcissiques se déchargent constamment des responsabilités et que rien n’est jamais leur faute.


2. Il vous « endort »

Un homme abusif vous endort en changeant, déformant et inventant des choses dans l’intention de vous faire douter se vos propres souvenirs, de votre perception et même de votre santé mentale. C’est aussi l’une des tactiques « célèbres » employées par les pervers narcissiques.
Je n’oublierai jamais le moment où j’ai découvert que mon mari me trompait après qu’il ait accidentellement laisser sa boîte mail ouverte. Quand je l’ai confronté, au lieu de s’excuser, il a explosé et s’est mis à ME hurler dessus.

« Tu les as mal lus. Je n’arrive pas à croire que tu ne me fasses pas confiance ; c’est bien ton genre de ne pas me faire confiance. Je n’en reviens pas de devoir supporter ça ! Tu es en train de foutre en l’air notre mariage. »

Après avoir répété plusieurs jours, avec une insistance acharnée, qu’il ne me trompait pas, je me suis retrouvée à me demander si oui ou non j’avais inventé tout ça. Quand un pervers narcissique sait qu’il n’a aucune excuse, il en invente une (et vous oblige à vous demander si ce n’est pas vous qui êtes délirante.)


3. Tout est votre faute.

Ce point semble être le même que le point 1, mais détrompez-vous et croyez-moi quand je vous dit que c’est très différent. Ici, nous faisons référence à la tendance des pervers narcissiques à blâmer les autres de tous les problèmes qu’ils rencontrent dans leur vie.

Il a de piètres résultats à son travail ? Eh bien, c’est votre faute, parce que vous le stressez lorsqu’il est à la maison. Des problèmes avec la justice ? Vous le mettez tellement en colère qu’il s’est échauffé et a fini par causer un accident. Malheureux dans son mariage ? C’est sans aucun doute parce que vous êtes une épouse terrible.

En bref, toutes les choses malheureuses qui lui arrivent, arrivent à cause de vous, vous, vous et jamais de lui. Il est parfait, vous êtes débile, fin de l’histoire.


4. Il vous démolit.

Les pervers narcissiques ont conscience de n’avoir pas grand-chose pour eux donc ils exercent leur emprise sur leurs victimes essayant de contrôler leur manière de penser. (Parce que si vous arriviez à penser par vous-même, vous seriez capable de réaliser à quel point vous méritez mieux.)

S’ils arrivent à vous insuffler l’idée que vous êtes moche/inutile/pathétique/stupide, vous commencerez à y croire et à vous cramponner davantage à lui parce que vous pensez (à tort) que vous ne pouvez pas avoir mieux. Et une fois que vous vous serez persuadée de n’avoir aucune estime de soi, le pervers narcissique arrivera à vous faire croire tout ce qu’il veut. Et ce qu’il vous poussera à croire ne servira qu’une seule personne : lui-même.


5. Il vous isole.

Il vous découragera et vous empêchera de voir vos amis parce que —SUSPENSE ! — ils pourraient avoir percé à jour son manège et vous convaincre de le quitter. S’il s’efforce de vous « réparer », il ne peut pas tolérer que vos amis gâchent son dur labeur, certainement pas avec leurs conseils malavisés.

Il vous convaincra aussi que vos amis ne « comprennent » pas combien il vous aime et que vous n’avez de toute façon pas besoin d’eux puisque vous l’avez lui.

Source

*En réalité, pour déclarer une personne véritablement PN, il faut une étude clinique plus complète.
Il n'en demeure pas moins que si votre conjoint correspond en tous points à cette description, c'est à minima un manipulateur aux failles narcissiques manifestes. Et l'existence de violences psychologiques, en pareille situation, n'est pas à démontrer.


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Re: Billets d'humeur

Message par moimeme » dim. 13 mai 2018 09:18

Mon futur ex mari est tout ça. Pour la dernière je ne peux pas répondre puisque mes amis ont toujours habité loin de chez nous. Par contre ça ne l empêchait pas de dire des méchancetés sur eux, de les démolir aussi.



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Re: Billets d'humeur

Message par Sans Prétention » sam. 4 août 2018 04:26

À une grande dame (que j'ai eu l'honneur de rencontrer) pleine de gentillesse, bienveillance, mais surtout pleine d'espièglerie : joyeux anniversaire Ricochette, la fée Clochette du site. Tu manques (allez, je t'envoie un petit texto aujourd'hui...). :fleur


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Re: Billets d'humeur

Message par Sans Prétention » mar. 22 janv. 2019 11:13

Il y a un conte que j'aime particulièrement et qui parle à l'âme lorsque le couple est fondé sur des rapports de domination patents.

Je vous le restitue ici, espérant avoir le temps d'en faire un commentaire quand je pourrai.

Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la Campagne, de la vaisselle d'or et d'argent, des meubles en broderie, et des carrosses tout dorés ; mais par malheur cet homme avait la Barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu'il n'était ni femme ni fille qui ne s'enfuît de devant lui.

Une de ses Voisines, Dame de qualité, avait deux filles parfaitement belles. Il lui en demanda une en Mariage, et lui laissa le choix de celle qu'elle voudrait lui donner. Elles n'en voulaient point toutes deux, et se le renvoyaient l'une à l'autre, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. Ce qui les dégoûtait encore, c'est qu'il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu'on ne savait ce que ces femmes étaient devenues. La Barbe bleue, pour faire connaissance, les mena avec leur Mère, et trois ou quatre de leurs meilleures amies, et quelques jeunes gens du voisinage, à une de ses maisons de Campagne, où on demeura huit jours entiers. Ce n'était que promenades, que parties de chasse et de pêche, que danses et festins, que collations : on ne dormait point, et on passait toute la nuit à se faire des malices les uns aux autres; enfin tout alla si bien, que la Cadette commença à trouver que le Maître du logis n'avait plus la barbe si bleue, et que c'était un fort honnête homme.

Dès qu'on fut de retour à la Ville, le Mariage se conclut. Au bout d'un mois la Barbe bleue dit à sa femme qu'il était obligé de faire un voyage en Province, de six semaines au moins, pour une affaire de conséquence ; qu'il la priait de se bien divertir pendant son absence, qu'elle fît venir ses bonnes amies, qu'elle les menât à la Campagne si elle voulait, que partout elle fît bonne chère. Voilà, lui dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles, voilà celles de la vaisselle d'or et d'argent qui ne sert pas tous les jours, voilà celles de mes coffres-forts, où est mon or et mon argent, celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements : Pour cette petite clef-ci, c'est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l'appartement bas : ouvrez tout, allez partout, mais pour ce petit cabinet, je vous défends d'y entrer, et je vous le défends de telle sorte, que s'il vous arrive de l'ouvrir il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. Elle promit d'observer exactement tout ce qui lui venait d'être ordonné ; et lui, après l'avoir embrassée, il monte dans son carrosse, et part pour son voyage.

Les voisines et les bonnes amies n'attendirent pas qu'on les envoyât quérir pour aller chez la jeune Mariée, tant elles avaient d'impatience de voir toutes les richesses de sa Maison, n'ayant osé y venir pendant que le Mari y était, à cause de sa Barbe bleue qui leur faisait peur. Les voilà aussitôt à parcourir les chambres, les cabinets, les gardes-robes, toutes plus belles et plus riches les unes que les autres. Elles montèrent ensuite aux gardes-meubles, où elles ne pouvaient assez admirer le nombre et la beauté des tapisseries, des lits, des sophas, des cabinets, des guéridons, des tables et des miroirs, où l'on se voyait depuis les pieds jusqu'à la tête et dont les bordures, les unes de glaces, les autres d'argent et de vermeil doré, étaient les plus belles et les plus magnifiques qu'on eût jamais vues. Elles ne cessaient d'exagérer et d'envier le bonheur de leur amie, qui cependant ne se divertissait point à voir toutes ces richesses, à cause de l'impatience qu'elle avait d'aller ouvrir le cabinet de l'appartement bas. Elle fut si pressée de sa curiosité, que sans considérer qu'il était malhonnête de quitter sa compagnie, elle y descendit par un petit escalier dérobé, et avec tant de précipitation, qu'elle pensa se rompre le cou deux ou trois fois.

Étant arrivée à la porte du cabinet, elle s'y arrêta quelque temps, songeant à la défense que son Mari lui avait faite, et considérant qu'il pourrait lui arriver malheur d'avoir été désobéissante ; mais la tentation était si forte qu'elle ne put la surmonter : elle prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet. D'abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées ; après quelques moments elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que dans ce sang se miraient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs (c'étaient toutes les femmes que la Barbe bleue avait épousées et qu'il avait égorgées l'une après l'autre).


Elle pensa mourir de peur, et la clef du cabinet qu'elle venait de retirer de la serrure lui tomba de la main.
Après avoir un peu repris ses esprits, elle ramassa la clef, referma la porte, et monta à sa chambre pour se remettre un peu ; mais elle n'en pouvait venir à bout, tant elle était émue. Ayant remarqué que la clef du cabinet était tachée de sang, elle l'essuya deux ou trois fois, mais le sang ne s'en allait point ; elle eut beau la laver et même la frotter avec du sablon et avec du grais, il y demeura toujours du sang, car la clef était Fée, et il n'y avait pas moyen de la nettoyer tout à fait : quand on ôtait le sang d'un côté, il revenait de l'autre.

La Barbe bleue revint de son voyage dès le soir même, et dit qu'il avait reçu des lettres dans le chemin, qui lui avaient appris que l'affaire pour laquelle il était parti venait d'être terminée à son avantage. Sa femme fit tout ce qu'elle put pour lui témoigner qu'elle était ravie de son prompt retour. Le lendemain il lui redemanda les clefs, et elle les lui donna, mais d'une main si tremblante, qu'il devina sans peine tout ce qui s'était passé. D'où vient, lui dit-il, que la clef du cabinet n'est point avec les autres ? Il faut, dit-elle, que je l'aie laissée là-haut sur ma table. Ne manquez pas, dit la Barbe bleue, de me la donner tantôt. Après plusieurs remises, il fallut apporter la clef. La Barbe bleue, l'ayant considérée, dit à sa femme : Pourquoi y a-t-il du sang sur cette clef ? Je n'en sais rien, répondit la pauvre femme, plus pâle que la mort. Vous n'en savez rien, reprit la Barbe bleue, je le sais bien, moi ; vous avez voulu entrer dans le cabinet ! Hé bien, Madame, vous y entrerez, et irez prendre votre place auprès des Dames que vous y avez vues. Elle se jeta aux pieds de son Mari, en pleurant et en lui demandant pardon, avec toutes les marques d'un vrai repentir de n'avoir pas été obéissante.


Elle aurait attendri un rocher belle et affligée comme elle était; mais la Barbe bleue avait le coeur plus dur qu'un rocher Il faut mourir Madame, lui dit-il, et tout à l'heure. Puisqu'il faut mourir, répondit-elle, en le regardant les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu. Je vous donne un quart d'heure, reprit la Barbe bleue, mais pas un moment davantage.


Lorsqu'elle fut seule, elle appela sa soeur, et lui dit : Ma soeur Anne (car elle s'appelait ainsi), monte, je te prie, sur le haut de la Tour pour voir si mes frères ne viennent point; ils m'ont promis qu'ils me viendraient voir aujourd'hui, et si tu les vois, fais-leur signe de se hâter.
La soeur Anne monta sur le haut de la Tour, et la pauvre affligée lui criait de temps en temps : Anne, ma soeur ne vois-tu rien venir ? Et la soeur Anne lui répondait : Je ne vois rien que le Soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie.

Cependant la Barbe bleue, tenant un grand coutelas à sa main, criait de toute sa force à sa femme : Descends vite ou je monterai là-haut. Encore un moment, s'il vous plaît, lui répondait sa femme ; et aussitôt elle criait tout bas : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? Et la soeur Anne répondait: Je ne vois rien que le Soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie. Descends donc vite, criait la Barbe bleue, ou je monterai là-haut. Je m'en vais, répondait sa femme, et puis elle criait : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir? Je vois, répondit la soeur Anne, une grosse poussière qui vient de ce côté-ci. Sont ce mes frères ? Hélas ! non, ma soeur, c'est un Troupeau de Moutons. Ne veux-tu pas descendre ? criait la Barbe bleue. Encore un moment, répondait sa femme ; et puis elle criait : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? Je vois, répondit-elle, deux Cavaliers qui viennent de ce côté-ci, mais ils sont bien loin encore : Dieu soit loué, s'écria-t-elle un moment après, ce sont mes frères, je leur fais signe tant que je puis de se hâter. La Barbe bleue se mit à crier si fort que toute la maison en trembla. La pauvre femme descendit, et alla se jeter à ses pieds toute épleurée et toute échevelée. Cela ne sert de rien, dit la Barbe bleue, il faut mourir, puis la prenant d'une main par les cheveux, et de l'autre levant le coutelas en l'air, il allait lui abattre la tête. La pauvre femme se tournant vers lui, et le regardant avec des yeux mourants, le pria de lui donner un petit moment pour se recueillir. Non, non, dit-il, recommande-toi bien à Dieu ; et levant son bras...

Dans ce moment on heurta si fort à la porte, que la Barbe bleue s'arrêta tout court : on ouvrit, et aussitôt on vit entrer deux Cavaliers, qui mettant l'épée à la main, coururent droit à la Barbe bleue. Il reconnut que c'était les frères de sa femme, l'un Dragon et l'autre Mousquetaire, de sorte qu'il s'enfuit aussitôt pour se sauver ; mais les deux frères le poursuivirent de si près, qu'ils l'attrapèrent avant qu'il pût gagner le perron. Ils lui passèrent leur épée au travers du corps, et le laissèrent mort. La pauvre femme était presque aussi morte que son Mari, et n'avait pas la force de se lever pour embrasser ses Frères.

Il se trouva que la Barbe bleue n'avait point d'héritiers, et qu'ainsi sa femme demeura maîtresse de tous ses biens.

Elle en employa une grande partie à marier sa soeur Anne avec un jeune Gentilhomme, dont elle était aimée depuis longtemps; une autre partie à acheter des Charges de Capitaine à ses deux frères ; et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu'elle avait passé avec la Barbe bleue.


Barbe-Bleue. Charles Perrault.


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Re: Billets d'humeur

Message par Sans Prétention » lun. 1 avr. 2019 06:21

Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la Campagne, de la vaisselle d'or et d'argent, des meubles en broderie, et des carrosses tout dorés ; mais par malheur cet homme avait la Barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu'il n'était ni femme ni fille qui ne s'enfuît de devant lui.

L'histoire s'ouvre sur un "il était une fois..." qui annonce un conte.
Et pourtant, aucune magie (si ce n'est dans la "clé"), aucune fée, n'interviendra dans ce monde à l'ambiance cauchemardesque. Barbe Bleue est sans doute l'un des contes les plus ancrés dans la réalité qui soit.

Ce qu'il est intéressant de constater dès les premières lignes du récit, c'est que le personnage central sur laquelle est posée la focale montre des signes "extérieurs" de richesse, mais ce n'est pas un seigneur, ou un prince (pas de "Il était une fois un roi", plus commun). Ce n'est pas non plus un "coeur pur" pauvre mais malin (comme le Petit Poucet) à qui il va arriver de belles aventures. Un flou entoure le protagoniste de l'histoire aux premières lignes : est-il aussi "riche" de l'intérieur ? (Dans le sens du conte, la question posée est : "est-ce un vrai noble ?")

L'auteur laisse la question en suspens mais interroge le lecteur par le truchement d'un attribut voyant et paradoxal : une barbe.
A l'époque, cette pilosité, lorsqu'elle mange le visage, est signe que l'on appartient au "bas peuple". La barbe rend visible le fait que l'on n'a pas le temps de s'occuper de soi, que l'on est sans doute sale, et que des défauts du visage sont à cacher (ce n'était pas encore le règne des hipsters !)... Mais, étrange paradoxe, cette barbe est... bleue !
Couleur inhabituelle... mais signe de noble ascendance ! (Ne dit-on pas avoir le "sang bleu" ?)
Seulement, le "bleu" peut aussi résulter de certains reflets issus d'une coloration d'une noirceur extrême, telle le "bleu aile de corbeau".

Au final, à l'image de la couleur de la barbe, le personnage dans son entier fait hésiter, effraie tout autant qu'il fascine : il n'a pas forcément bonne réputation (on le fuit) mais il possède beaucoup de "biens" (ce doit donc être un "honnête homme...") Peut-être, se méprend-on sur sa personne ?
En tous cas, Barbe Bleue n'entre pas dans une case précise; il est "hors norme", "autre". Il suscite dérangement, mais aussi interrogation et étonnement, premières pierres d'un édifice sur lequel se construira une séduction à la coloration particulière... Bleue, comme l'immensité du ciel ou comme la teinte de la peur.

Une de ses Voisines, Dame de qualité, avait deux filles parfaitement belles. Il lui en demanda une en Mariage, et lui laissa le choix de celle qu'elle voudrait lui donner. Elles n'en voulaient point toutes deux, et se le renvoyaient l'une à l'autre, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue.

Contrairement à la coutume de l'époque, c'est la mère qui "donne", dans le conte, une de ses filles au prétendant (où est le père ?). Que peut-on déduire de cette anomalie ? L'histoire familiale en tous cas pèse sur le choix du partenaire, à n'en pas douter (le tort cependant serait de croire l'on parle ici de l'histoire explicite...).
Celle-ci - représentée par la mère, que l'on considère toujours comme "bonne", malgré les dysfonctionnements parfois graves qui ancrent des réflexes destructifs, des embryons de dépendance affective latents - pousse ses enfants dans les bras d'un(e) inconnu(e) à qui on accorde sa confiance sur la foi de richesses ou signes extérieurs de richesse, sans interroger le "fond", les signes intérieurs.
En réalité, la méfiance existe (aucune des deux filles ne souhaite épouser cet individu étrange) mais elle sera vite aplanie par des stimuli qui viendront renforcer un fantasme en construction.
Ce qui frappe par ailleurs, c'est que Barbe Bleue donne à la mère le choix. Et celle-ci donne le choix à ses filles. Derrière cette apparente "liberté", se cache en réalité une forme de perversion : Barbe Bleue ne s'intéresse pas à une femme en particulier. L'une ou l'autre, selon lui, fera l'affaire.

Il est étonnant qu'il ne soit pas fait mention du père dans le conte. C'est un peu comme s'il était mort, neutralisé. Il ne s'oppose pas à la mère, à l'histoire familiale, soit par lâcheté, soit parce qu'il n'est tout simplement plus de ce monde ...
Dans les contes, le père est souvent lâche, se laisse manipuler par une "belle-mère" qui remplace une mère réellement vertueuse (comme dans la Cendrillon de Perrault ou la Blanche-Neige de Grimm), et son inaction provoque le malheur des héroïnes qui finissent pourtant par triompher. On imagine que c'est cette carence, ce manque de présence, qui précipite les jeunes filles dans les affres des relations tourmentées.
Dans Barbe-Bleue, la jeune fille ne sera pas délivrée de la belle-mère par un prince, comme habituellement. Elle sera au contraire aspirée dans la tornade d'une relation de laquelle, en principe, on ne revient pas. Ce conte prend le contrepied de la tradition. La personne de Barbe-Bleue est "hors norme", la toile qu'il tisse autour de ses victimes aussi... Comment anticiper si funeste conclusion dans un univers d'habitude plus manichéen ?


Ce qui les dégoûtait encore, c'est qu'il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu'on ne savait ce que ces femmes étaient devenues.
Les doutes s'amplifient. Les indices s'amoncellent. Mais...
La mère veut absolument marier l'une des filles. Elle ne souhaite pas nécessairement leur bonheur, elle veut que l'une des filles ait "quelqu'un".
Cette urgence à "avoir quelqu'un dans sa vie" signe peut-être une soif de combler un manque profond, celle, peut-être, de l'absence du père qui semble causer bien des soucis à la famille. La pénurie est certes affective, mais elle est tout autant financière et il est donc vital de faire alliance.
Le terrain est propice aux candidatures que l'on aurait sans doute évacuées dans des conditions différentes, dans les conditions qui auraient permis une approche plus sélective des potentiels candidats à l'alliance avec la famille.


La Barbe bleue, pour faire connaissance, les mena avec leur Mère,
Barbe Bleue, comme c'était l'usage, tente de "séduire" la mère pour avoir l'une des filles ...
C'est un peu comme si le prétendant étrange souhaitait, sans crainte, avoir la caution de l'histoire familiale (la mère) pour pouvoir charmer l'une de ces potentielles fiancées. Il ne semble pas avoir peur d'échouer puisque non content de se faire valider par la famille, il va aussi tenir le pari d'en mettre "plein la vue" aux amis...
L'homme réellement noble ne craint pas ce genre de défi. Mais Barbe-Bleue ne l'est pas. D'où tient-il cette assurance ? On découvrira plus tard un placard aux cadavres témoin d'un procédé de séduction testé à plusieurs reprises... non sans un certain succès !
Il est vrai que l'assurance et la réussite renforcent l'assurance et la réussite. La macabre routine est diablement efficace.
Dans le cas de personnes aux failles narcissiques légères et aux buts désintéressés, le besoin de séduire n'est pas testé à plusieurs reprises : on se contente de réussir à séduire "la bonne personne". Il n'y a pas, dans la démarche de Barbe-Bleue, cette dimension "chevaleresque" et romantique. Ici, l'empilement seul est garant de l'unité identitaire du personnage. Un peu à la façon d'un parasite, il vide (de leur sang) ses victimes et court à la recherche de chair fraîche quand son ego est rassasié.


et trois ou quatre de leurs meilleures amies, et quelques jeunes gens du voisinage, à une de ses maisons de Campagne, où on demeura huit jours entiers. Ce n'était que promenades, que parties de chasse et de pêche, que danses et festins, que collations : on ne dormait point, et on passait toute la nuit à se faire des malices les uns aux autres; enfin tout alla si bien, que la Cadette commença à trouver que le Maître du logis n'avait plus la barbe si bleue, et que c'était un fort honnête homme.

Le piège est posé. Il faut que, publiquement (c'est important), la personne plaise à l'entourage proche. Ce dernier, ayant reçu des signes finalement "positifs" n'a pas le temps de s'intéresser à ce qu'est vraiment ce paradoxe ambulant qui offre sans compter. La fascination et le plaisir prennent le pas sur la nature du prétendant : on ne lui demande plus de montrer "patte blanche", on en oublie sa Barbe Bleue. Et surtout, n'est-ce pas mal de juger quelqu'un sur son physique ? Un premier conflit de valeurs semble se mettre en place dans les coeurs. On commence à opposer la bienveillance à la méfiance. Mais si le principe est juste, il n'en demeure pas moins que la figure de l'homme idéal se construit progressivement à travers ce qu'il possède, et non ce qu'il est.

Il est remarquable que ce soit la cadette qui s'intéresse à lui en premier. L'aînée a plus d'expérience de la vie. Elle profite de tout ce qui lui est donné, mais elle semble maintenir à distance le charme.
En tous cas, la "mère" ne peut que se réjouir de ce faible que la cadette éprouve pour le riche propriétaire : l'idée, quand on a soi-même souffert de carence, n'est pas de choisir un foyer sûr, mais de se "caser" au plus vite afin de se protéger de la peine et de l'absence. Selon certains commentateurs, les jeunes filles que Barbe Bleue souhaite épouser sont d'authentiques nobles. Mais la famille semble manquer d'argent.
Il n'a donc pas le coeur noble, mais des biens extérieurs, elles ont le coeur noble, mais pas d'argent : l'emboîtement des névroses, à la façon d'un puzzle tragique, peut alors commencer.


Dès qu'on fut de retour à la Ville, le Mariage se conclut.

Il y a un faible écart temporel déroutant entre la répulsion qu'ont ressenti les filles de prime abord et la célébration du mariage.
Cette précipitation, commune à l'époque, doit interroger dans le contexte actuel. Marie-France Hirigoyen, spécialiste des personnalités perverses a montré que la précipitation est l'une des armes de prédilection de personnes qui souhaitent abuser de leurs futures victimes. Dans un nuage (de fumée), les décisions de celles-ci ne sont pas réellement "réfléchies" : elles sont portées par un assemblage de considérations extérieures qui flattent l'ego et qui se proposent de combler tous les vides. Aller vite empêche de réfléchir, de se poser et favorise la pensée heuristique plutôt que celle, plus lente, et, il faut bien le dire, moins exaltante que la pensée algorithmique.

En tous cas, ce sont bien deux urgences qui se rencontrent : celle d'avoir "besoin" "d'une" compagne (n'importe laquelle) et celle du désir de se protéger (il a de l'argent, il "brille", c'est donc un "bon" parti, il ne peut y en avoir d'autre).
On pense après coup que la jeune fille a fait une erreur. Dans la réalité, l'alliance est inévitable... Barbe-Bleue réalise de son côté, une fois encore, presque par routine, un funeste emboîtement de névroses appelé "couple parfait".


Au bout d'un mois la Barbe bleue dit à sa femme qu'il était obligé de faire un voyage en Province, de six semaines au moins, pour une affaire de conséquence ;
Il est certes naturel pour un homme d'affaires de s'absenter pour le travail. Mais ne peut-il emmener sa jeune épouse ? Un mois après les noces, l'absence se fait sentir. Celle-ci est bien sûr symbolique.
Elle fait écho à l'absence du père, devenue naturelle. Peut-être est-ce pour cela qu'elle renforce, paradoxalement, un sentiment de "sécurité". Au fond, Barbe-Bleue reproduit des manques auxquels la jeune fille est accoutumée. Tout est envisagé de façon naturelle, rationalisé. D'autant que les bénéfices secondaires pleuvent : une certaine liberté apparente, la jouissance de nombreux biens compensent l'impossibilité de connaître vraiment l'homme de la maison.
Une autre femme, moins "carencée" lui aurait sans doute fait une scène ou aurait demandé à l'accompagner, aurait exigé une réorganisation de son travail, potentiellement réalisable compte-tenu des possibilités financières de Barbe-Bleue. Mais l'argent ne manque pas : de quoi se plaint-on ?


qu'il la priait de se bien divertir pendant son absence, qu'elle fît venir ses bonnes amies, qu'elle les menât à la Campagne si elle voulait, que partout elle fît bonne chère.
Barbe-Bleue n'interdit rien. Il a confiance. Ne peut-on alors avoir confiance en retour ?
Mais il est surprenant que ce soit en son absence que les amies existent dans la vie de la jeune mariée. C'est un peu comme s'il était dangereux pour lui d'être mis en contact prolongé avec des personnes tierces...
Cet isolement est-il destiné à perdurer ?
Ou si ce n'est pas le cas, que partagerait le couple en termes de relations communes ?

Toutes les réflexions posées ici peuvent paraître de teinter d'un certain anachronisme. Il faut alors qualifier, à la vue de certaines dynamiques de couples, d'anachroniques certaines rencontres bien réelles basées sur ce fossé de réalités qui creuse le sillon des mésalliances entre tueurs de partenaires amoureux et ingénus qui vivent dans les contes de fées, là où la figure du prince ne connaît pas de froissure.


Voilà, lui dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles, voilà celles de la vaisselle d'or et d'argent qui ne sert pas tous les jours, voilà celles de mes coffres-forts, où est mon or et mon argent, celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements
La maison semble "transparente". Même les trésors les plus précieux sont accessibles.
Est-ce pour autant que Barbe-Bleue l'est ?


: Pour cette petite clef-ci, c'est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l'appartement bas : ouvrez tout, allez partout, mais pour ce petit cabinet, je vous défends d'y entrer, et je vous le défends de telle sorte, que s'il vous arrive de l'ouvrir il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère.

Barbe-Bleue, par cette interdiction, fait montre d'une perversité qui, comme toutes les perversités, ne se définit pas sans une attention et un recul que ne possède pas la victime.
Il sait, en bon connaisseur du type de femme qui peut l'aimer, que la curiosité est consubstantielle de l'identité de son épouse.
En effet, c'est la curiosité qui l'a amenée à faire alliance avec cet homme "hors cadre". Cette même curiosité, maintenant, il la condamne. L'ordre peut sembler être une injonction qui fait sens. Dans les faits, elle est paradoxale : sachant sa femme "curieuse", pourquoi n'a-t-il pas gardé la clé avec lui ?
S'il cache quelque chose de fâcheux, pourquoi alors, en ayant confiance en leur amour, ne lui montre-t-il pas pour tenter d'en faire sa complice ? Bien sûr il n'est jamais aisé de montrer ses tares à sa compagne mais donner une clé avec l'interdiction d'en faire usage ressemble dans les faits à un test, ce qui est pervers. En effet, la vie avec ses nombreuses occasions de déroute est en soi un test. Le test des personnes... Qu'en dire ? Ne sont-elles pas révélatrices d'un maladif manque de confiance en l'autre ?
En fait de test, il s'agira plus exactement d'un rite funèbre qui ne connaît, à chaque fois, qu'une seule et unique issue.

Explicitement, Barbe-Bleue demande à sa femme de ne pas ouvrir cette partie de la maison, au risque de sa colère (colère, pas meurtre !). Implicitement, il l'encourage en lui donnant ce qu'il faut pour y parvenir.

La vaisselle, les pierreries, les bijoux, sont des attributs extérieurs, des possessions. Le cabinet, lui, semble être une partie de l'être du propriétaire des lieux. Son accès est singulièrement frappé d'interdit. Étonnement, il n'y a pas de restriction équivalente du côté de la femme. L'édifice du couple construit sur un délit d'initié.

Les bases sont posées pour que le "jeu" psychologique en place ne permette qu'à un seul des joueurs, toujours le même, de triompher : si elle ose percer son secret, elle sera coupable de l'avoir fait, puisqu'elle n'en n'avait pas le droit !!! Si elle ne le fait pas, elle se torturera l'esprit, peut-être jusqu'à la folie, ce qui n'est pas une moindre punition. Mais elle ne peut foncièrement ne pas s'interroger sur le cabinet... Une femme qui ne s'interroge pas sur ce cabinet ne se marie pas, en effet avec Barbe-Bleue.

On retrouve ce mécanisme dans les cas de découvertes d'infidélités quand le trompeur ou la trompeuse a laissé son mail, son Messenger, des indices, le plus souvent informatisés, et qu'il ou elle reproche à sa compagne ou à son compagnon d'avoir "fouillé" avec comme argumentation principale le désormais banal "cétafote".
Mais quel est le "but" conscient ou inconscient de cette mascarade ?


Elle promit d'observer exactement tout ce qui lui venait d'être ordonné ; et lui, après l'avoir embrassée, il monte dans son carrosse, et part pour son voyage.

La promesse de la jeune fille, réputée vertueuse, la lie à son bourreau.
En effet, si elle fouille, si elle se met en émoi de ce qu'elle découvre, elle aura non seulement désobéi à son époux, bien qu'il faut un meurtrier, mais elle aura également rendu sa propre parole caduque. Ce qui la disqualifiera dans ses propres yeux. Elle sera alors triplement coupable :
d'abord, elle sera coupable d'avoir choisi un meurtrier pour époux en mettant sa famille dans l'embarras,
ensuite, elle sera coupable d'avoir désobéi,
et enfin elle sera coupable d'avoir failli à sa propre parole. De quoi accepter de disparaître de la surface de la Terre lorsque l'on travaille toute sa vie durant à se constituer une "belle âme"... L'effondrement de l'ego résulte en partie de ces conflits internes.


Les voisines et les bonnes amies n'attendirent pas qu'on les envoyât quérir pour aller chez la jeune Mariée, tant elles avaient d'impatience de voir toutes les richesses de sa Maison, n'ayant osé y venir pendant que le Mari y était, à cause de sa Barbe bleue qui leur faisait peur.

Ce qui est parlant dans ce passage, c'est le comportement des bonnes amies et des voisines : leur unique but est de découvrir, envieuses, avides, les richesses dont peut jouir la cadette à présent mariée. La question de son bonheur ne se pose pas. Du moins, il ne se pose pas par rapport au mari qu'elles évitent soigneusement. Il se pose par rapport à ce qu'il peut apporter en termes de biens...
Les personnes ici ne sont pas considérées en tant que telles- les qualités de l'époux ne sont pas interrogées- mais en tant qu'objets sociaux que l'on envisage à la lumière de critères très superficiels. La distance que les amies et voisines ont avec le mari est révélateur : même "accepté" par la cadette, il effraie toujours. Très souvent, après des années, lorsqu'une victime de pervers commence à parler de son enfer conjugal, l'entourage prétend n'avoir rien vu d'autre qu'un "couple idéal" (la surface est brillante, le vernis social parfait). Mais il est toujours d'autres personnes, minoritaires, pour affirmer : "oui on voyait qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas..."
Dans tous les cas, le lien avec les amis d'origine se distend de manière anormale en présence de quelqu'un qui prend une trop grande place dans la vie de son/sa partenaire.


Les voilà aussitôt à parcourir les chambres, les cabinets, les gardes-robes, toutes plus belles et plus riches les unes que les autres. Elles montèrent ensuite aux gardes-meubles, où elles ne pouvaient assez admirer le nombre et la beauté des tapisseries, des lits, des sophas, des cabinets, des guéridons, des tables et des miroirs, où l'on se voyait depuis les pieds jusqu'à la tête et dont les bordures, les unes de glaces, les autres d'argent et de vermeil doré, étaient les plus belles et les plus magnifiques qu'on eût jamais vues.

Les signes extérieurs renvoient une image socialement étincelante qui ne parvient pas à effacer pourtant une méfiance sourde.


Elles ne cessaient d'exagérer et d'envier le bonheur de leur amie, qui cependant ne se divertissait point à voir toutes ces richesses, à cause de l'impatience qu'elle avait d'aller ouvrir le cabinet de l'appartement bas.

La question de la réalité de l'époux se pose pour sa femme qui, à un moment de la relation, s'interroge sur le moi profond de la personne qui partage sa vie.
Il y a en effet deux niveaux dans le couple : celui de la surface et celui, plus caché, de la vérité des êtres.
Dans l'évolution des personnes, l'entourage reste sur ses impressions de surface tandis que l'épouse, elle, souhaite pénétrer la vérité de son homme... Absent !
Celui qui laisse tout à portée mais demeure... Insaisissable...


Elle fut si pressée de sa curiosité, que sans considérer qu'il était malhonnête de quitter sa compagnie, elle y descendit par un petit escalier dérobé, et avec tant de précipitation, qu'elle pensa se rompre le cou deux ou trois fois.

L'auteur atteste d'un comportement qui rompt avec la politesse la plus élémentaire d'une hôte envers ses invités. La voilà elle aussi absente. D'abord psychologiquement, puis ensuite physiquement. La rupture avec l'entourage n'est pas a priori franche. Mais elle est insidieuse : l'épouse a l'esprit préoccupé. Rien ne lui semble plus important que son homme. Du moins, rien ne lui semble plus important que l'âme de celui qui partage sa vie. C'est bien cette clé qu'il lui a légué qui ravive inlassablement une curiosité qui, si elle est à la base naturelle, se mue ici en obsession dirigée par deux principes : un fond identitaire qui prédispose à une curiosité naïve mais tenace doublé d'un contexte qui va démultiplier l'existant dans une dynamique malsaine.

Toutes les actions de recherche de l'autre, dans sa vérité nue, sera alourdie d'une culpabilité sans cesse alimentée par des actions transgressives de part et d'autre et par le fantasme.
Autre élément remarquable, sa précipitation la pousse à l'imprudence. Deux ou trois fois en effet elle manque de se casser le cou. L'épouse n'a pas de "recul" sur les choses. Elle agit quelque peu comme une enfant. Cela n'est nullement condamnable. Ce peut être signe de fraîcheur et de bonne nature. Mais la situation ne se prête pas à ce type de comportement. Pour bien agir, il lui aurait fallu plutôt être méthodique, réfléchir, avoir des témoins, éviter de se rompre le cou avant de savoir...
Très souvent, on perçoit cette même précipitation, cette absence de filtre chez les personnes trompées qui engrangent les preuves de l'adultère par exemple et les montrent au compagnon, à la compagne, qui, le plus souvent, parvient à esquiver la problématique en la renvoyant sur le terrain de la culpabilité.
Là où il aurait fallu une enquête méticuleuse à la Sherlock Holmes afin de confondre le ou la coupable, le "cocu" choisit préférentiellement la "discussion", la mise à nu, ce qui le place d'emblée dans une situation d'infériorité au niveau informationnel sur la situation.
Bref les deux erreurs fondamentales de la cadette sont : la précipitation et l'éloignement des possibles témoins visant, paradoxalement, à protéger la probité de l'époux. On peut alors se demander si le fait de garder un si lourd secret (dont on ne connaît pas encore la portée mais qui semble mériter une punition !) ne relève pas plus de la sauvegarde narcissique (ce n'est certainement pas un si mauvais homme... Je garde tout pour moi, d'autres doivent vivre des choses similaires... Et puis JE ne peux PAS avoir choisi un être vil pour partager ma vie...) que de la réflexion rationnelle.


Étant arrivée à la porte du cabinet, elle s'y arrêta quelque temps, songeant à la défense que son Mari lui avait faite, et considérant qu'il pourrait lui arriver malheur d'avoir été désobéissante ;

Le mécanisme de culpabilisation fonctionne à merveille : une (auto)éducation très fortement ancrée sur le modèle de la punition (même indirecte) permet de poser le franchissement de la ligne rouge comme étant une infamie. Or, l'infamie, est derrière la porte.
La perte de repères réside dans la mise en concurrence de valeurs toutes autant vertueuses les unes que les autres.
Il semblerait qu'à l'inverse, la Barbe Bleue ne soit pas soumise aux mêmes sentiments contradictoires : sa personne est plus importante que les principes.
En effet, ne doit-on pas, en tant que meurtrier, se dénoncer aux autorités afin d'éviter de recommencer ?
Non seulement le premier crime sera resté impuni, mais il sera réitéré sans que la conscience de l'homme ne le torture.
N'aurait il pas mieux valu d'autre part, dans le cas d'une tentative de réparation secrète, de résilience, enterrer les cadavres pour ne pas avoir à les conserver dans un placard ?
Et dans le cas où cette collection morbide était destinée à réellement ne jamais être découverte, comme une sorte de jardin secret, pourquoi donner une clé ?
On l'aura constaté sans peine : l'interdiction du mari (peut-on interdire quelque chose à une personne qui est son égal ?) est illégitime. Pourtant, ce que la narration fait ressortir à l'esprit du lecteur de l'époque, c'est la désobéissance de la femme !
Les morales de l'histoire originale abondent par ailleurs en ce sens : c'est la femme qui est perverse, inconséquente, immature. Cette opposition entre les supposés défauts de la cadette et de la Barbe Bleue est un exemple frappant de ce que peut être la perversion telle que définie par la psychanalyse moderne.


mais la tentation était si forte qu'elle ne put la surmonter : elle prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet. D'abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées ; après quelques moments elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que dans ce sang se miraient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs (c'étaient toutes les femmes que la Barbe bleue avait épousées et qu'il avait égorgées l'une après l'autre).

La situation relate une expérience macabre d'adaptation visuelle. Plongé dans le noir, l'oeil s'accoutume progressivement à la pénombre, l'iris s'ouvre en grand et les formes plongées dans l'obscurité deviennent peu à peu visibles.
On perçoit dans les témoignages, souvent, cette forme d'adaptation et elle est malheureusement toujours douloureuse et progressive. Un peu trop. Mais il faut un temps plus ou moins long au psychisme pour d'abord sortir de l'obscurité puis pour vérifier l'innommable. L'horreur découverte est régulièrement à double détente.
Il est quasiment certain que la femme ne s'attendait pas à un tel cauchemar. L'interdiction, la punition, peut-être l'imaginait-elle justifiée autour de quelque secret des plus difficile à affronter mais des morts... C'est au-delà de l'imaginable de l'ingénue ! Le psychisme ne parvient pas tout de suite à supporter le choc du réel.

Il y a en premier lieu le plancher qui est vu, pas les cadavres directement. Comme dans la vraie vie, les indices sont perçus dans un premier temps et ils ne sont pas tout de suite connectés des personnes.

On imagine également l'odeur ("ça ne sent pas bon"). Puis le premier corps sans vie, le deuxième et d'autres... Toutes sont attachées.
Les meurtres semblent respecter méticuleusement les mêmes rites. L'histoire de la cadette en elle-même semble être maîtrisée de bout en bout par Barbe-Bleue qui opère visiblement toujours de la même manière.
Fait saillant : les femmes ne sont pas simplement tuées, elles sont également "attachées", liées... Symboliquement prisonnières, même lorsqu'elles ne peuvent plus s'échapper...


Elle pensa mourir de peur, et la clef du cabinet qu'elle venait de retirer de la serrure lui tomba de la main.
Après avoir un peu repris ses esprits, elle ramassa la clef, referma la porte, et monta à sa chambre pour se remettre un peu ; mais elle n'en pouvait venir à bout, tant elle était émue.

La situation est littéralement traumatisante. Comme dit dans le conte, après pareil effroi, on ne peut "en venir à bout". L'image des cadavres, le rappel permanent de ce qui a été vu... La boucle infernale se met en place dans le psychisme : le trauma est installé, le cerveau ne parvient pas à évacuer l'événement dans la case "souvenir". Il y a une sorte de réalité vivace qui se perpétue jusque dans la chair.


Ayant remarqué que la clef du cabinet était tachée de sang, elle l'essuya deux ou trois fois, mais le sang ne s'en allait point ; elle eut beau la laver et même la frotter avec du sablon et avec du grais, il y demeura toujours du sang, car la clef était Fée, et il n'y avait pas moyen de la nettoyer tout à fait : quand on ôtait le sang d'un côté, il revenait de l'autre.

On ne peut réellement "passer à autre chose" par soi-même. La "clé" est ce qui a permis de découvrir la vérité. Cette clé c'est la conscience. Une fois qu'elle a "pénétré" un secret, il lui est impossible de se délier de ce secret : il fait maintenant partie intégrante de son histoire à jamais.
Mais tel une sorte de viol psychique, c'est bien le secret de l'autre qui hante désormais la conscience de la personne trompée.


La Barbe bleue revint de son voyage dès le soir même, et dit qu'il avait reçu des lettres dans le chemin, qui lui avaient appris que l'affaire pour laquelle il était parti venait d'être terminée à son avantage.

Sans pour autant être sûr de l'hypothèse, on peut avancer l'idée que Barbe-Bleue n'avait en fait jamais eu besoin de se déplacer.
L'auteur ne dit pas en effet que l'affaire de l'homme effrayant s'était réglée. Il dit que Barbe-Bleue le prétend. La formulation maintient le doute.


Sa femme fit tout ce qu'elle put pour lui témoigner qu'elle était ravie de son prompt retour.

La cadette est traumatisée, effrayée. Et là voilà à présent qui joue un rôle, elle, plutôt habituée à livrer sa personne en toute transparence et naïveté. La situation en réalité est difficile à soutenir. Mais celle-ci l'a plongée dans une configuration dont elle n'est pas coutumière : elle doit "faire semblant". De victime potentielle, elle accède, malgré elle, au statut de manipulatrice. Fait que son cher mari ne tardera pas à pointer avec une certaine jouissance.


Le lendemain il lui redemanda les clefs, et elle les lui donna, mais d'une main si tremblante, qu'il devina sans peine tout ce qui s'était passé.

Quand on repense à tout ce qu'a du traverser la jeune mariée pour connaître le "fond" de son époux et combien il est facile à celui-ci de lire en elle, on ne peut que constater le déséquilibre criant des forces en présence : ces personnes qui n'affrontent pas le regard de l'autre de la même manière.
Il y a fort à parier que si c'était la jeune femme qui avait des "cadavres" dans son placard, le résultat aurait été le même pour elle : elle aurait eu tous les torts, quelque soit le cas de figure, et lui aurait crié au scandale, à l'assassinat, à la duperie, en arguant avec vigueur qu'il ne fallait pas le tenter. Mais la culpabilité reste toujours dans le même camp. L'accusation aussi. Un "cétafote" magnifique qui, la plupart du temps, trouve écho dans le coeur de la personne qui pense ne pas avoir fait ce qu'il fallait.


D'où vient, lui dit-il, que la clef du cabinet n'est point avec les autres ? Il faut, dit-elle, que je l'aie laissée là-haut sur ma table. Ne manquez pas, dit la Barbe bleue, de me la donner tantôt. Après plusieurs remises, il fallut apporter la clef.

Machiavélique : Barbe-Bleue, rappelons-le, "devina sans peine tout ce qui s'était passé."
Au moment où il demande la clé, il "sait". Il est possible que la cadette considère les délais qu'il lui offre pour rendre l'objet comme étant un cadeau, une preuve d'amour. Il n'en n'est rien.
Dans l'ombre, Barbe-Bleue travaille sa victime au corps : il perçoit très probablement dans quel état se trouve sa femme lorsqu'il lui demande de lui retourner l'objet qu'il sait magique.
Cette remise à plus tard, au lieu de permettre à la jeune fille de souffler afin d'autoriser une sortie de crise positive a en réalité un effet inverse sur sa psychologie. La pression monte et il n'y a pas d'issue.
Barbe-Bleue jouit très certainement de voir son épouse s'effondrer de l'intérieur, jouer un rôle et mentir tout en étant rongée par la culpabilité d'avoir désobéi. La voilà à surmonter son traumatisme seule, dans une isolation qu'elle a elle-même contribué à établir.


La Barbe bleue, l'ayant considérée, dit à sa femme : Pourquoi y a-t-il du sang sur cette clef ? Je n'en sais rien, répondit la pauvre femme, plus pâle que la mort.

Naïve, spontanée, joyeuse, voilà notre héroïne à présent traumatisée, coupable, effrayée et... Prise en flagrant délit de mensonge !
L'ego n'a pas d'autre solution que se livrer à la mort sans lutter. On imagine aisément combien doit se détester cette pauvre femme trop confiante.


Vous n'en savez rien, reprit la Barbe bleue, je le sais bien, moi ; vous avez voulu entrer dans le cabinet ! Hé bien, Madame, vous y entrerez, et irez prendre votre place auprès des Dames que vous y avez vues.

La question du rituel est maintenant résolue dans la tête de la jeune femme : il l'affirme lui-même, elle ira prendre place "auprès des dames que vous avez vues". De personne singulière, la voilà rabaissée au rang de femme commune, femme qui prendra place dans le cabinet, avec les autres.
La cadette doit se rendre compte, à ce moment précis, de ses erreurs mais aussi et surtout de sa plus grosse erreur : celle d'avoir pensé être exceptionnelle... Elle ne découvrira pas chez Barbe-Bleue un fond noble, elle ne sauvera pas sa famille de la misère qui la guette. Elle est "comme les autres". La blessure narcissique est terrible. L'identité est chamboulée, les croyances suivent... La dépression et les pulsions de mort prennent le relais. L'ego se persuade qu'au final, il ne méritait pas le bonheur.


Elle se jeta aux pieds de son Mari, en pleurant et en lui demandant pardon, avec toutes les marques d'un vrai repentir de n'avoir pas été obéissante.

Même victime, elle demande pardon, à deux doigts d'être exécutée par son bourreau.
C'est, une fois encore, la culpabilité qui détruit. Si cette capacité est une vertu qui empêche de faire des erreurs, elle est ici pervertie. Cette arme contre le mal se retourne contre la personne qui la ressent trop fortement en face d'une autre qui ne ressent rien. La situation est tout simplement folle. Dans ce schéma relationnel, la victime est finalement toujours coupable et le coupable victime.


Elle aurait attendri un rocher belle et affligée comme elle était; mais la Barbe bleue avait le coeur plus dur qu'un rocher

Ce manque d'empathie n'est malheureusement pas une invention du conte. Beaucoup de témoignages rapportent en effet des comportements froids, distants, méprisants de conjoints pourtant à l'origine des perturbations que traverse le couple. Et la sentence est sans appel :


Il faut mourir Madame, lui dit-il, et tout à l'heure. Puisqu'il faut mourir, répondit-elle, en le regardant les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu. Je vous donne un quart d'heure, reprit la Barbe bleue, mais pas un moment davantage.

Barbe-Bleue n'est pas un impulsif.
Il agit de manière posée, réfléchie. Sa femme avait déjà mis un certain temps à lui restituer la précieuse clé alors qu'il savait ce qu'elle en avait fait. Le voilà à présent qui l'autorise à prier en un Dieu auquel il ne croit probablement pas. Il est difficile d'imaginer que le personnage soit dupe : bien sûr que sa femme essaie de gagner du temps, un temps qui se surajoute à celui déjà gagné auparavant. Une brute épaisse aurait sans doute déjà "pété les plombs" en exigeant son dû dans des délais plus brefs et n'aurait probablement pas autorisé une dernière prière, sauf sur le "peloton d'exécution"...
C'est à cette attitude que se mesure le degré de perversion des manipulations amoureuses.


Lorsqu'elle fut seule, elle appela sa soeur, et lui dit : Ma soeur Anne (car elle s'appelait ainsi), monte, je te prie, sur le haut de la Tour pour voir si mes frères ne viennent point; ils m'ont promis qu'ils me viendraient voir aujourd'hui, et si tu les vois, fais-leur signe de se hâter.

La soeur Anne est présente mais la cadette l'appelle "lorsqu'elle est seule".
Anne semble comprendre qu'il y a un danger mais n'est pas inquiète pour elle-même. C'est un catalyseur, une personne proche mais pas forcément la meilleure amie. Anne est dans une tour, elle voit loin. Elle est ici mais pas atteignable par Barbe-Bleue. C'est la figure de celle qui est là et que l'on appelle "quand on est seul".
Cette personne peut représenter un collectif, même virtuel. Un collectif comme SOS.
Il ne peut rien faire d'autre qu'être "présent" et avertir la venue des "frères", ceux qui vont mettre fin à la souffrance de la victime.
Les frères peuvent être un ami, un parent, un thérapeute.


La soeur Anne monta sur le haut de la Tour, et la pauvre affligée lui criait de temps en temps : Anne, ma soeur ne vois-tu rien venir ? Et la soeur Anne lui répondait : Je ne vois rien que le Soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie.

Etonnant qu'Anne n'ait de réponse concrète à l'inquiétude de sa soeur : elle ne fait que lui décrire la beauté du monde extérieur. Mais cette beauté inquiète ... Elle ne sera plus accessible à la victime si les frères ne viennent pas, si rien ne bouge... Pourtant Anne n'aura de cesse de dire cette beauté, à défaut de lui annoncer une délivrance qui finira tout de même par arriver.

Cependant la Barbe bleue, tenant un grand coutelas à sa main, criait de toute sa force à sa femme : Descends vite ou je monterai là-haut. Encore un moment, s'il vous plaît, lui répondait sa femme ; et aussitôt elle criait tout bas : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? Et la soeur Anne répondait: Je ne vois rien que le Soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie. Descends donc vite, criait la Barbe bleue, ou je monterai là-haut.

Il y a une tension palpable dans cette atmosphère étouffante.
Il n'en demeure pas moins qu'un "jeu psychologique" s'est installé pour une raison difficile à déterminer entre Barbe-Bleue, sa femme et la soeur.
Dans l'absolu, Barbe-Bleue monte à l'étage, tue la femme, la soeur et l'histoire prend fin. D'une certaine manière, ces morts annoncées symbolisent la mort du couple... qui tarde à venir malgré une situation délétère.
Il est intéressant de constater que les trois protagonistes qui "jouent" à épuiser l'autre prennent l'exacte place que le psychologue Karpman attribue à trois personnes prises au piège d'un triangle dramatique.
Il y a d'un côté le persécuteur : Barbe-Bleue.
La victime : la cadette.
Le sauveur : Anne (et ses frères).

Il faut bien comprendre que ce triangle est à géométrie variable selon que l'on se place dans la psyché de l'un ou l'autre des personnages du système pervers (pervers car il est sans fin, ce qui est une anomalie).
Par exemple, du point de vue de Barbe-Bleue, c'est lui la victime car on ne l'a pas entendu, on n'a pas écouté ses "ordres". De plus, la cadette, refusant d'obéir, alors qu'elle est "en tort" ose "prendre son temps".
Dans ce triangle-ci, les rôles changent mais sont beaucoup moins évidents à distinguer.
Le persécuteur : la cadette
La victime : Barbe-Bleue
Le sauveur : Anne.
Pourquoi Anne est-elle le "sauveur" ? Parce qu'elle sera le témoin de la désobéissance de la cadette.
Peut-être aussi est-elle celle qui délivrera Barbe-Bleue de lui-même.
Peut-être enfin pense-t-il, dans son esprit malade, que l'aînée sera sa future femme...

Je m'en vais, répondait sa femme, et puis elle criait : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir? Je vois, répondit la soeur Anne, une grosse poussière qui vient de ce côté-ci. Sont ce mes frères ? Hélas ! non, ma soeur, c'est un Troupeau de Moutons.
Anne n'est pas d'un grand secours...
La voilà presque à torturer la cadette en ne lui annonçant que des nouvelles inadaptées ou futiles...


Ne veux-tu pas descendre ? criait la Barbe bleue. Encore un moment, répondait sa femme ; et puis elle criait : Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? Je vois, répondit-elle, deux Cavaliers qui viennent de ce côté-ci, mais ils sont bien loin encore : Dieu soit loué, s'écria-t-elle un moment après, ce sont mes frères, je leur fais signe tant que je puis de se hâter. La Barbe bleue se mit à crier si fort que toute la maison en trembla. La pauvre femme descendit, et alla se jeter à ses pieds toute épleurée et toute échevelée. Cela ne sert de rien, dit la Barbe bleue, il faut mourir, puis la prenant d'une main par les cheveux, et de l'autre levant le coutelas en l'air, il allait lui abattre la tête. La pauvre femme se tournant vers lui, et le regardant avec des yeux mourants, le pria de lui donner un petit moment pour se recueillir. Non, non, dit-il, recommande-toi bien à Dieu ; et levant son bras...

Le 'jeu" dure encore et encore, même à quelques secondes de la mort imminente...
Barbe-Bleue, malgré ses paroles, continue de déblatérer sur ses intentions et la cadette continue de demander son éternel délai...


Dans ce moment on heurta si fort à la porte, que la Barbe bleue s'arrêta tout court : on ouvrit, et aussitôt on vit entrer deux Cavaliers, qui mettant l'épée à la main, coururent droit à la Barbe bleue. Il reconnut que c'était les frères de sa femme, l'un Dragon et l'autre Mousquetaire, de sorte qu'il s'enfuit aussitôt pour se sauver ; mais les deux frères le poursuivirent de si près, qu'ils l'attrapèrent avant qu'il pût gagner le perron. Ils lui passèrent leur épée au travers du corps, et le laissèrent mort. La pauvre femme était presque aussi morte que son Mari, et n'avait pas la force de se lever pour embrasser ses Frères.
Ainsi donc voilà le visage des vrais sauveurs : dragon et mousquetaire...
Le dragon, animal invulnérable, était aussi symbole de courage, de puissance, de la vaillance. Au Moyen Age, c'était un soldat à cheval qui combattait à pieds. A l'instar de son miroir japonnais, le samouraï, le dragon était un militaire prêt à en découdre.
Et que dire du mousquetaire (à l'origine, armé d'un mousquet, c'est-à-dire un fusil) ?
Il n'y a, face à Barbe-Bleue, pas de place pour le dialogue. L'auteur du conte aurait en effet pu faire intervenir la mère, un oncle diplomate.
L'homme à la pilosité étrange et aux moeurs meurtrières, amoureux des noces pourpres ne semble pas, dans l'esprit du conte, pouvoir être "sauvé"... Mais ses victimes le peuvent, à condition de savoir prendre des décisions radicales.

Il se trouva que la Barbe bleue n'avait point d'héritiers, et qu'ainsi sa femme demeura maîtresse de tous ses biens.
La descendance inexistante de Barbe-Bleue interroge.
Soit il n'a jamais eu le "temps" de consommer ses mariages successifs, soit il est stérile.
D'une certaine manière, on retrouve cette "impossibilité de l'enfant" chez nombre personnes de type narcissique : non pas qu'ils soient incapables d'engendrer. Mais la venue au monde des enfants fait partie d'un tout qui ne reconnaît pas l'individu naissant à sa juste valeur. En d'autres termes, la progéniture est utilisée comme objet de conflit ou faire-valoir. L'amour véritable ne peut se faire.
Il convient ici de distinguer le narcissisme "ordinaire" du narcissisme pervers : dans le premier cas, l'enfant est le "miroir" du parent, un projet fantasmé à l'extrême, une réussite par procuration, une "chosification" pour soi, dans le second, il s'agit d'une démarche de réification "contre l'autre".
La frontière est certes difficile à déterminer entre les deux options mais les effets sont visibles : dans l'optique d'un narcissisme ordinaire, le parent sacrifie sa vie à l'enfant, dans l'autre optique, le parent sacrifie l'enfant à sa vie.

Elle en employa une grande partie à marier sa soeur Anne avec un jeune Gentilhomme, dont elle était aimée depuis longtemps;
Anne, celle que Barbe-Bleue laisse froide, celle qui ne semble pas s'inquiéter pour sa vie, possède une bien curieuse personnalité : elle est aimée. Mais aime-t-elle ?


une autre partie à acheter des Charges de Capitaine à ses deux frères ; et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu'elle avait passé avec la Barbe bleue.
Et tout le reste n'est que littérature...


Voler, c'est quand on a trouvé un objet qui a pas encore été perdu...

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Sans Prétention
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Re: Billets d'humeur

Message par Sans Prétention » mar. 16 avr. 2019 17:41

Qu'est-ce qu'un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s'il refuse, il ne renonce pas : c'est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. Un esclave, qui a reçu des ordres toute sa vie, juge soudain inacceptable un nouveau commandement. Quel est le contenu de ce "non" ?

Il signifie, par exemple, "les choses ont trop duré", "jusque-là oui, au-delà non", "vous allez trop loin", et encore "il y a une limite que vous ne dépasserez pas". En somme, ce non affirme l'existence d'une frontière. On retrouve la même idée de la limite dans ce sentiment du révolté que l'autre "exagère", qu'il étend son droit au-delà de la frontière à partir de laquelle un autre droit lui fait face et le limite. Ainsi, le mouvement de révolte s'appuie, en même temps, sur le refus catégorique d'une intrusion jugée intolérable et sur la certitude confuse d'un bon droit, plus exactement l'impression, chez le révolté, qu'il est "en droit de...". La révolte ne va pas sans le sentiment d'avoir soi-même, en quelque façon, et quelque part, raison. C'est en cela que l'esclave révolté dit à la fois oui et non. Il affirme, en même temps que la frontière, tout ce qu'il soupçonne et veut préserver en deçà de la frontière. Il démontre, avec entêtement, qu'il y a en lui quelque chose qui "vaut la peine de...", qui demande qu'on y prenne garde. D'une certaine manière, il oppose à l'ordre qui l'opprime une sorte de droit à ne pas être opprimé au-delà de ce qu'il peut admettre.

En même temps que la répulsion à l'égard de l'intrus, il y a dans toute révolte une adhésion entière et instantanée de l'homme à une certaine part de lui-même. Il fait donc intervenir implicitement un jugement de valeur, et si peu gratuit, qu'il le maintient au milieu des périls. Jusque-là, il se taisait au moins, abandonné à ce désespoir où une condition, même si on la juge injuste, est acceptée. Se taire, c'est laisser croire qu'on ne juge et ne désire rien, et, dans certains cas, c'est ne désirer tout, en général, et rien, ne particulier. Le silence le traduit bien. Mais à partir du moment où il parle, même en disant non, il désire et juge. Le révolté, au sens étymologique, fait volte-face. Il marchait sous le fouet du maître. Le voilà qui fait face. Il oppose ce qui est préférable à ce qui ne l'est pas. Toute valeur n'entraîne pas la révolte, mais tout mouvement de révolte invoque tacitement une valeur. S'agit-il au moins d'une valeur ? Si confusément que ce soit, une prise de conscience naît du mouvement de révolte : la perception, soudain éclatante, qu'il y a dans l'homme quelque chose à quoi l'homme peut s'identifier, fût-ce pour un temps. Cette identification jusqu'ici n'était pas sentie réellement. Cette identification jusqu'ici n'était pas sentie réellement. Toutes les exactions antérieures au mouvement d'insurrection, l'esclave les souffrait. Souvent même, il avait reçu dans réagir des ordres plus révoltants que celui qui déclenche son refus. Il y apportait de la patience, les rejetant peut-être en lui-même, mais, puisqu'il se taisait, plus soucieux de son intérêt immédiat que conscient encore de son droit. Avec la perte de la patience, avec l'impatience, commence au contraire un mouvement qui peut s'étendre à tout ce qui, auparavant, était accepté. Cet élan est presque toujours rétroactif. L'esclave, à l'instant où il rejette l'ordre humiliant de son supérieur, rejette en même temps l'état d'esclave lui-même. Le mouvement de révolte le porte plus loin qu'il n'était dans le simple refus. Il dépasse même la limite qu'il fixait à son adversaire, demandant maintenant à être traité en égal. Ce qui était d'abord une résistance irréductible de l'homme devient l'homme tout entier qui s'identifie à elle et s'y résume. Cette part de lui-même qu'il voulait faire respecter, il la met alors au-dessus du reste et la proclame préférable à tout, même à la vie. Elle devient pour lui le bien suprême. Installé auparavant dans un compromis, l'esclave se jette d'un coup ("puisque c'est ainsi...") dans le Tout ou Rien. La conscience vient au jour avec la révolte.

Albert Camus, L'Homme révolté, chapitre I, « L’homme révolté » (1951).


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