Peut-on aimer et tromper à la fois ?

Quel comportement adopter face à l’adultère, comment réagir? Beaucoup de questions, quelques débuts de réponses. Ne pas poster de témoignage dans cette rubrique.

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Pandore
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Peut-on aimer et tromper à la fois ?

Message par Pandore » mer. 31 mai 2017 15:17




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Sans Prétention
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Re: Peut-on aimer et tromper à la fois ?

Message par Sans Prétention » mer. 31 mai 2017 21:23

Certains répondent "oui" d'autres disent "non".

Pour ma part je dis, "oui, parfois, mais mal".
C'est ce que m'apprend la somme des témoignages recueillis sur le site.


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Eugene
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Re: Peut-on aimer et tromper à la fois ?

Message par Eugene » ven. 31 mai 2019 09:59

L’infidélité est un vaste sujet, des tonnes de livres et d’articles en parlent et pourtant… La trahison amoureuse reste un fléau qui détruit bien des coeurs. Dans cet article, je m’appuierai et citerai LE livre que je vous recommande, celui que je trouve le plus complet en ce qui concerne les questions adultères, à savoir : « Je t’aime, je te trompe » d’Esther Perel. Alors, peut-on aimer et tromper en même temps ?

Peut-on aimer et tromper ? L’infidélité n’est pas toujours tel qu’on le croit

Dans « Je t’aime je te trompe », l’auteure a accordé un chapitre entier sur la question, il s’intitule « Même les gens heureux trompent leur partenaire ». Cela peut sembler choquant. A priori, quand il y a infidélité dans le couple, on a tendance à se dire que c’est parce que quelque chose n’allait plus au sein de ce dernier. Et bien non, pas forcément !

Esther Perel explique alors : « L’idée que l’infidélité peut survenir en l’absence de dissension sérieuse dans le couple est difficile à accepter. Notre culture ne croit pas à l’adultère sans motif valable. Lorsque la relation conjugale n’offre pas d’explication, nous avons tendance à faire porter le chapeau à l’individu. »

On s’aime mais on se trompe parce que c’est pathologique ?

Quand on remet la faute sur le partenaire qui a trompé, on va avoir tendance aujourd’hui à lui trouver une pathologie, comme si l’adultère était une maladie. « Le jargon psychologique a remplacé les discours religieux hypocrites, et le pêché a été éclipsé par la pathologie. Nous ne sommes plus des pêcheurs mais des malades. «

« Bizarrement, les troubles cliniques sont devenus une monnaie très convoitée sur le marché du traitement curatif de l’adultère. Certains couples arrivent dans mon cabinet avec déjà une explication médicale à leurs problèmes. »

Elle ajoute « Beaucoup de conjoints infidèles présentent de toute évidence des signes de dépression, de compulsion, de narcissisme, de troubles de l’attachement. Parfois, un bon diagnostic éclaire enfin des comportements inexplicables et déstabilisants, tant aux yeux de leur auteur que de la personne qui en subit les conséquences. C’est alors un outil qui montre le chemin vers la compréhension et la guérison. Mais trop souvent, on court-circuite le processus d’interprétation de l’infidélité en ayant tout de suite recours à lui. »

Les gens trompent leur partenaire pour de multiples raisons

J’avais déjà parlé d’une étude faite sur ce sujet dans mon article : Pourquoi est-on infidèle ? Ce que j’ai trouvé intéressant dans le livre Je t’aime, je te trompe c’est de voir à quel point la (re)découverte de soi est une des principales causes à ces infidélités. (p217): « Les gens trompent leurs partenaires pour de multiples raisons, et chaque fois que je pense les avoir toutes entendues, une autre surgit encore. Un thème cependant revient avec insistance : » celui de la liaison vécue comme une forme de découverte de soi, comme la quête d’une identité nouvelle (ou perdue). Pour ces personnes-là, l’infidélité est moins le symptôme d’un problème qu’une expérience enrichissante synonyme d’élévation, d’exploration et de transformation. »

Une autre phrase très intéressante m’a interpellée : (p.218) : « Parfois, lorsque nous cherchons le regard de quelqu’un, ce n’est pas de notre partenaire que nous nous détournons, mais de la personne que nous sommes devenus. » Les personnes infidèles seraient donc en quête d’un renouveau, certains pourraient avoir besoin de se détourner de ce qu’ils sont devenus dans leur petite vie de famille peut-être trop bien rangée à leur goût. Par manque de changement, par peur de la continuité qui pourtant, les rassure en même temps. On pourrait donc parler de crise d’identité.

Oui, on peut aimer et tromper

Comme on vient de le voir, même les gens qui s’aiment peuvent se tromper. Quête d’identité nouvelle, envie de repousser ses limites, de tester l’interdit pour retrouver ce sentiment passionnel des années lycée… Bref, aussi difficile cela puisse-t-il paraître, on ne trompe pas forcément parce qu’on n’aime plus son partenaire. Pour certains même, être infidèles envers leur partenaire les font les aimer davantage. Car, en ravivant la flamme intérieure qu’ils ont en eux, ils ravivent leur couple. N’empêche que, l’infidélité, une fois découverte reste une des pires douleurs pour la personne trompée. Voici d’ailleurs dans cet article pourquoi la trahison amoureuse fait si mal.

Et, quand les amants décident de tout quitter pour se mettre ensemble, ça ne marche que rarement…

(p.223) : « Sous le coup de la passion, les amants évoquent avec envie tout ce qu’ils seront libres de faire une fois ensemble, mais lorsque l’interdiction est levée et le divorce prononcé, lorsque le sublime rejoint l’ordinaire et que la liaison entre dans le monde réel, que se passe-t-il ? Certains s’installent joyeusement dans la légitimité, mais ce n’est pas le cas de tous, loin de là. Pour ce que j’en vois, la plupart des liaisons prennent fin même quand le mariage est rompu. Les amants ont beau s’aimer véritablement, leur idylle n’a jamais d’autre finalité que d’être une belle histoire« .

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Sans Prétention
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Re: Peut-on aimer et tromper à la fois ?

Message par Sans Prétention » dim. 2 juin 2019 12:24

L'infidélité n'est pas banale (3e édition)

Dalpé, Yves (édition 2012). Montréal : Quebecor. 250 pages. $29.95. Disponible au Canada, en France, en Belgique et en Suisse.

Voici maintenant un résumé de ce livre: Mon expérience de psychologue clinicien m'a appris que le sujet des relations extraconjugales préoccupe une majorité d'individus à un moment donné ou l'autre de leur vie. L'infidélité est même l'une des raisons majeures qui amènent les couples en psychothérapie. Et il est facile de voir comment ce sujet capte l'attention des gens par l'importance des créations littéraires, télévisuelles et cinématographiques sur ce thème.

Malheureusement, ces oeuvres nous laissent plus ou moins insatisfaits la plupart du temps, car elles ne dépassent pas le stade des faits anecdotiques, nous privant ainsi d'une réelle compréhension des enjeux psychologiques pour les individus et les couples. Pourtant, si l'appétit est si grand à l'égard de ce sujet c'est qu'il correspond à de graves questionnements individuels, d'ailleurs souvent pénibles.

Si le thème de l'infidélité stimule tant l'imagination et la curiosité, c'est que la souffrance émotionnelle rôde en ces lieux. C'est un peu comme pour la violence dans les films de gangsters; ça nous amuse jusqu'au jour où nous sommes personnellement touchés.

En tout cas, en tant que psychologue clinicien, je suis bien placé pour connaître l'état de désarroi dans lequel sont plongés les couples vivant une crise engendrée par la découverte de relations extraconjugales de l'un des conjoints. Ce livre sur l'infidélité pourra aider le lecteur attiré par des velléités extraconjugales ainsi que les personnes aux prises avec une infidélité et les conjoints plongés dans une tourmente due à l'infidélité à y voir plus clair. En plus, de façon plus générale, cet ouvrage pourra servir d'outil de réflexion à quiconque s'interroge sur les thèmes de la fidélité, de l'engagement conjugal et de la capacité d'aimer.

Et puis, je fournis au lecteur des grilles d'analyse des comportements extraconjugaux qui mènent au coeur des motivations des gens infidèles et qui permettent d'évaluer la gravité d'une infidélité vécue dans un couple. Certains types d'infidélité ne sont que des sonnettes d'alarme qui peuvent aider le couple à se réajuster tandis que d'autres sortes d'infidélité ont des pronostics conjugaux moins favorables mais transportent néanmoins des messages spécifiques que les deux conjoints doivent déceler.

Suit un chapitre sur la première cause masculine de l'infidélité, à savoir une fréquence insatisfaisante des relations sexuelles conjugales, chapitre intitulé « La cruelle différence de libido » qui aborde la frustration sexuelle et les différents facteurs influençant la force du désir sexuel d'un individu. Et j'enchaîne ensuite avec un chapitre qui traite au contraire de la libido excessive d'hommes qui sont infidèles de façon chronique et qui déconnectent la sexualité de l'engagement amoureux. Je montre comment une libido mal canalisée reflète souvent des problèmes affectifs et comment l'hypersexualité peut être utilisée comme une forme d'automédication contre le mal de vivre. Je parle alors des comportements sexuels atypiques dont la pédophilie, un sujet d'actualité au Québec. Je parle aussi du cybersexe, de la compulsion sexuelle, de la prostitution et du Don Juanisme.

Mon discours sur tous ces comportements extraconjugaux converge vers une idée, celle de la menaçante intimité conjugale avec ses peurs qui amènent les gens à prendre de la distance dans leur vie de couple. En fait, l'infidélité, qui est une distanciation dans le couple, est souvent une manifestation de la difficulté d'aimer, laquelle vient généralement des relations affectives vécues dans la famille d'origine. Et je montre comment la misère affective de l'humanité a pénétré l'homme au cours de l'histoire jusqu'à nous influencer encore de nos jours, assez pour affecter la capacité d'aimer d'une bonne proportion de la population.

La suite logique de ce discours sur la capacité de vivre l'intimité conjugale nous introduit à la grande question qui se pose au couple en crise suite à la découverte d'une infidélité : Est-ce qu'on continue ensemble ou si on se sépare? Je traite alors de la pénible ambivalence envers l'autre conjoint. Et je propose des critères pour évaluer la pertinence d'une séparation. J'énumère certaines mauvaises raisons de rester, en plus de débattre de l'épineuse question des enfants impliqués : Doit-on rester ensemble pour les enfants? J'en profite aussi pour questionner l'importance de la passion amoureuse comme critère dans ce choix crucial de la poursuite de la relation conjugale. Je souligne l'importance de l'admiration réciproque des conjoints. Et j'attire l'attention sur la difficulté d'évaluer correctement un conjoint quand on a hérité d'une histoire personnelle défavorable au cours de son enfance.

Ce qui est injuste, c'est que plus les personnes ont été mal traitées durant leur enfance, plus elles sont mal équipées pour s'engager avec satisfaction et succès dans leurs relations conjugales. Et plus leur caractère risque d'en avoir subi des revers. Je m'appuie donc sur les troubles de la personnalité pour faire le lien entre l'infidélité et l'organisation psychologique globale d'un individu. Mon idée est que l'infidélité, du moins une infidélité menaçante pour la survie du couple, n'arrive pas comme un cheveu sur la soupe. Elle est plus probable chez les individus qui ont de la difficulté dans leurs relations interpersonnelles. Toutefois, il faut relativiser la gravité des troubles de la personnalité et y voir une question de gradation du plus grave au plus bénin. En ce sens, on peut parler de style de personnalité et tout le monde est impliqué. Il devient alors extrêmement intéressant de voir comment les logiques des différents styles de personnalité se manifestent dans l'infidélité. Je présente donc chacun des styles de la personnalité issus du manuel de référence psychiatrique le plus utilisé internationalement (le DSM) pour mettre en évidence les motivations inconscientes des individus infidèles. Je le fais à l'aide de mon expérience clinique en espérant soutenir la curiosité du lecteur. Je ne connais aucun auteur de langue française ou de langue anglaise qui ait déjà fait cet exercice.

Je termine mon livre en situant mon propos dans le contexte actuel du mariage dans le monde occidental. À la question :« Que faut-il penser de la métamorphose actuelle du mariage? », je réponds que de toute façon l'amour conjugal est un nouveau phénomène dans l'histoire de l'homme et que malgré tout, la nouvelle société permissive transporte l'espoir et la santé. En conclusion, tout en faisant un lien entre la misère affective des individus et une proportion des infidélités conjugales, je considère que les humains sont tout de même en train de devenir de plus en plus sensibles, tolérants et en charge de leurs destinées individuelles.

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Re: Peut-on aimer et tromper à la fois ?

Message par Sans Prétention » dim. 2 juin 2019 12:36



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Re: Peut-on aimer et tromper à la fois ?

Message par Sans Prétention » dim. 2 juin 2019 13:10

"Je t'aime, je te trompe." Entretien avec la papesse de l'infidélité
Esther Perel, psychothérapeute de couple, auteure de "Je t'aime, je te trompe", était de passage à Paris la semaine dernière. Entretien.

Par Renée Greusard
Publié le 15 avril 2018 à 21h19

Article initialement publié le 15 avril 2018.


A New York, dans son cabinet de psychothérapeute, Esther Perel a vu défiler des centaines de couples ayant besoin d'aide.

Et puis, il y a quelques années, elle a commencé à s'intéresser plus précisément à un sujet : l'infidélité. De cette exploration est d'abord sortie cette géniale conférence TED, vue plus de 9 millions de fois.



On peut l'y entendre dire :
""L'adultère existe depuis que le mariage a été inventé, et il en est de même pour le tabou qui l'entoure.

En fait, l'infidélité a une ténacité que le mariage ne peut qu'envier, à tel point que c'est le seul commandement qui est répété deux fois dans la Bible : une fois pour l'avoir fait et une fois pour y avoir simplement pensé [rires].

Comment réconcilier ce qui est universellement interdit, et pourtant universellement fait ?""

Puis, elle a fait un livre, "Je t'aime, je te trompe", best-seller aux Etats-Unis, qui vient d'être traduit en français (Robert Laffont).

A l'occasion de sa visite en France, nous avons passé une heure avec Esther Perel. L'auteure venait d'atterrir, souffrait du décalage horaire mais a voulu nous rassurer :
""Ne vous inquiétez pas, mon cerveau est en forme, lui !""

On n'a pas été déçue.



Pourquoi avoir commencé à vous intéresser à l'infidélité ? Est-ce qu'il y a eu un déclic ?

D'abord, il y a eu mon premier livre ("l'Intelligence érotique") qui parlait de l'affaire Monica Lewinsky. En tant qu'Européenne [Esther Perel est belge, NDLR], je me suis dit : ces Américains, ça crie dès qu'il y a une transgression mais ça ne bronche pas quand il y a trois divorces. On peut divorcer, démanteler la famille, tout dénouer, mais est-ce que c'est vraiment toujours le mieux ?

Aux Etats-Unis, l'approche de ce sujet est polarisante, même chez les psys. On est soit "bon", soit "méchant". Victime ou bourreau. Comment se fait-il qu'on ne puisse pas avoir une approche plus nuancée et bienveillante ? Et plus utile pour tout le monde, pour les trompés, les amants, les infidèles, les enfants. On peut faire mieux !


Votre but avec ce travail, c'est de déculpabiliser ?

Pas tellement de déculpabiliser mais de dépathologiser. Plus profondément, mon but est de prendre un sujet souvent "dogmatisé", simplifié, caché (ce qui entretient une culpabilisation) et d'essayer d'en comprendre toute la complexité. En fait, je déteste l’arbitraire. Quand on dit "c'est comme ça".


Oui, c'est ce que vous dites, qu'il ne peut pas y avoir des millions de personnes qui sont infidèles et toutes atteintes d'un problème narcissique ou psychologique...

Exactement ! Je ne suis pas là pour juger. Je ne suis pas la police morale... Même si de temps en temps, je juge.


Quand est-ce que vous jugez les gens ?

Il y a des comportements que je trouve plus déplorables que d'autres forcément. Parfois je vois des gens, je me dis : "C'est lamentable." "Mais vraiment ? Trois bébés ailleurs et un quatrième encore ailleurs ? Bah alors !" En tant que psy, on a toutes les émotions, parfois on est dans l'envie, parfois on est dans le fantasme, parfois on se sent un peu supérieur et parfois inférieur, comme pour les acteurs d'un film, au cinéma.


J'ai l'impression qu'il y a une tension sociétale. D'un côté, on dit qu'il faut être monogame, de l'autre on promeut l'intensité, la passion, l’excitation et le désir. Qu'en pensez-vous ?

C'est tout à fait ça. "C'est bien comme ça" n'est plus une phrase d'aujourd'hui. On veut toujours mieux. Toujours plus.

Aujourd'hui, on ne se sépare plus parce qu'on est malheureux mais parce qu'on pourrait être plus heureux. L'infidélité, c'est un peu ça aussi. Beaucoup de gens qui sont infidèles ne veulent pas nécessairement quitter leur couple : ils veulent le stabiliser, l'augmenter, le compléter.

L'infidèle reste parfois en couple parce qu'il est encore très amoureux de la personne avec laquelle il vit, même si c'est une autre forme d'amour. Ou pour mille autres raisons. Mais ceux qui sont très mal en couple se séparent.


On ne s'arrête pas forcément d'aimer quand on trompe ?

Pas forcément non. C'est la grande révélation pour moi. L'infidélité, qui est un symptôme d'un couple dysfonctionnel, a déjà été décrite. Ce qui m'a intéressée, dans ce livre, ce sont les gens qui disaient : "Je ne suis pas allé-e voir ailleurs pour trouver quelqu'un d'autre, mais pour me retrouver moi. Ce n'est pas mon partenaire que je veux quitter, c'est la personne que je suis devenue."

C'est quelque chose d'intéressant à écouter en plus d'être terriblement déculpabilisant pour le ou la partenaire trompé-e. C'est un trip personnel. Mais la question est : quelle place peut avoir un trip personnel à l'intérieur d'un couple qui n'est pas personnel ?


Quelles sont les situations propices à l'adultère ? Vous parlez du deuil, mais ne peut-on pas aussi parler de la maternité ?

Oui ! On appelle ça la "matrescence". Comme l'adolescence, il y a la "matrescence". C'est très courant que les femmes aient envie de retrouver la femme cachée derrière la mère. Elles disent en substance : "Je m'occupe de tout le monde, je suis la 'mère de', la 'femme de', 'la fille', ça, là, c'est pour moi." J'entends peu d'hommes me dire : "J'étais devenu tellement père que j'avais besoin de me retrouver."

L'infidélité peut être un espace à soi qui est forcé. Quelqu'un a du mal à trouver son espace personnel et va avoir besoin de la frontière avec le secret pour le créer. Le secret devient un chemin vers l'autonomie.


Et la mort ?

Le thème de la mort, je l'ai vu apparaître petit à petit. La première fois que je l'ai réalisé, c'était le 11-Septembre. La deuxième fois, c'était la guerre d’Irak. J'étais partie en Israël et il y avait tous ces gens qui étaient dans les chambres avec des masques à gaz. Il y avait un taux d’infidélité incroyable, ça baisait de tous les côtés. "La vie est courte et je veux encore une fois…"

C’est un déclencheur comme la maladie, l'infertilité, la maternité. L'enfant qui vient, mais aussi l'enfant qui part. L’enfant qui quitte la maison et l’enfant qui rentre dans la maison. Ou même une promotion au boulot… "Maintenant que j'ai ce poste, je mérite enfin."

Toutes les transitions sont des moments fragiles. On est en réflexion sur sa vie. L’infertilité, par exemple, est un déclencheur fréquent chez les femmes. Elles ont besoin de se prouver qu’elles ne sont pas déficientes, que leur corps n’est pas cassé. Les femmes qui ont eu un cancer du sein peuvent aussi avoir envie d’être avec quelqu’un qui n’a pas vu le sein coupé ou les cicatrices.


Une amie à moi répète souvent qu’un amant a toujours une fonction. Vous en pensez quoi ?

Oui, moi j’appelle ça le sens. Chaque transgression a un sens. Chaque infidélité a un sens. Il y a un message derrière chacune, il faut l’interpréter.


Ce n'est jamais gratuit, de tromper ?

Si, mais le gratuit a un sens aussi. C’est comme les gens qui disent "cela ne veut rien dire. Je suis resté vingt minutes chez lui et je suis repartie..."

Mais vous savez quels efforts il faut faire pour que quelque chose dure peu et ne vaille rien ? Je veux dire que c’est aussi un investissement psychique de rendre quelque chose insignifiant…


Il y a des infidélités que vous trouvez saines ?

Que je trouve utiles, oui. Et bienveillantes. Je pense à cet homme dont la femme avait Alzheimer et qui me demandait : "Est-ce que c’est tromper quand l’autre ne connaît plus votre prénom ?"

Ces gens qui restent pour leur partenaire qui a le cancer, qui a le sida, qui n’est pas en état, qui ne peut plus, ou ne veut plus, mais qu'ils n'ont pas envie de quitter pour autant.

Dans plein de situations comme ça, je me dis "cela fait sens". Je ne dis pas "c'est sain" ou "c'est bien" ou "c'est pas bien", je dis "cela fait sens". La vie, c’est compliqué. Alors on va me dire que ces histoires compliquées sont marginales. Moi, je crois que c’est beaucoup plus courant qu’on ne le croit.



Vous croyez que lorsqu'on aura déconstruit ce tabou de l'infidélité, on ira collectivement vers le polyamour ?

Je n'en sais rien. Ce qui est sûr, c’est qu'on attend souvent tout d’une seule personne, et que quand cela ne marche pas, on ne dit pas que le modèle n’est pas bon, mais qu’on a mal choisi la personne.

D'ailleurs, les divorcés sont les vrais idéalistes. Contrairement aux cyniques et aux désillusionnés, ils pensent que le modèle est bon et qu’ils ont juste mal choisi "la personne". Ils vont aller refaire le même modèle avec quelqu’un d’autre. Parfois, ça sera mieux. Parfois non.


Quand faut-il s'inquiéter pour son couple ?

Quand la personne trompée parle de sa douleur et que l’infidèle n’a aucune empathie, c'est mauvais signe ("arrête un peu avec ce sujet, on en a déjà parlé mille fois, je me suis déjà excusé"). Ou alors, à l’inverse, quand la personne infidèle a déjà fait ses excuses mille fois, pris ses responsabilités, assumé ses actes avec bienveillance, etc., mais que l’autre ne peut pas s’empêcher d'y revenir à chaque instant. Là, je m’inquiète.


Vous dites aussi qu’il y a plein de façons de trahir finalement...

Et que la victime de l’infidélité n’est pas toujours la victime du couple, oui. Ça, c’est évident. Moi, je vois des gens qui traitent leur partenaire assez pauvrement, mais comme ce ne sont pas ceux qui trompent, ils pensent qu’ils ont une supériorité morale.

J’ai eu un jour un couple dont je me souviens. L'homme était là, en train de l’engueuler : "Pouffiasse, bla-bla-bla, je te hais." C'est là que j’ai dit cette phrase pour la première fois : "Betrayal comes in many forms" [la trahison se loge partout, NDLR]. Ce n’est pas parce que vous n’avez pas couché ailleurs que vous ne l’avez pas abandonnée depuis très longtemps. Je ne dis pas que ce qu’elle a fait est bien, mais qu'il faut être honnête.


Il y a des couples pour lesquels vous savez au bout de dix minutes dans votre cabinet que ça ne va pas aller ?

Ah oui, c’est clair. J’en ai un dont je parle dans le livre. En vingt minutes, je m’étais dit que l'histoire était finie. La femme n’avait aucun désir pour cet homme. Elle l’aimait beaucoup, mais elle n’avait pas de désir.

Lui, il souffrait terriblement de ça. Et comme son père avait trompé sa mère pendant des années et qu'il s'était promis de ne pas reproduire, il allait passer sa vie à attendre que cette femme veuille de lui. Je me suis dit qu’il fallait libérer cet homme, il a failli me tuer, mais je lui ai dit "c’est fini".

Tous les deux sont restés super bons parents, ils se voient chaque semaine. Ils ont une grande bienveillance l’un pour l’autre. Je l’ai rencontré deux ans après et il m’a remerciée. Après la rupture, il est devenu l’amant guérisseur de nombreuses femmes blessées...


Peut-on tromper sans sexe ? Juste, par exemple, en partageant tout avec quelqu'un qui n'est pas son partenaire ?

Hmm, oui, c'est possible. Moi, je ne définis pas l’infidélité par la sexualité. L’infidélité, c’est un script érotique. Ce n'est pas un script sexuel. C’est une histoire de désir, pas une histoire de plaisir. Parfois c’est juste un baiser qu’on imagine donner et qui nourrit notre imaginaire érotique.

C’est une erreur de focaliser sur le sexe quand on parle d’infidélité, il faut focaliser sur la transgression. C'est la rupture des règles, c’est ne pas faire ce que je dois faire, c'est ne pas être un citoyen responsable, c’est être quelqu’un d’autre que la personne que je suis toujours. C’est ce qu’on appelle "imaginary play" chez les enfants (jeux d'invention).

Sauf que cela peut faire très mal à l’autre. C'est pour ça que pour beaucoup de gens, ça serait pas mal s’ils changeaient le contrat de couple. Mais les gens préfèrent négocier la monogamie avec eux-mêmes.


Ce qui est important, c’est de bien parler de cette question de la fidélité à l’intérieur du couple, non ?

Oui, d’ailleurs dans les couples polyamoureux ou non monogames, la conversation est ouverte. L’ouverture est moins une ouverture sexuelle qu’une ouverture de la conversation. Souvent ils ne font pas grand-chose, mais le fait que le sujet en soi soit ouvert permet de respirer.

Mais la plupart des couples hétéros ont un contrat de cinq mots en anglais. "I catch you, you dead", "si je t’attrape, t’es dehors".

Cette conversation est d’autant plus complexe à l’heure des réseaux sociaux. On se rencontre après avoir eu des milliers de gens au bout des doigts grâce aux applis. Le partenaire devient l'élu, l'âme sœur, celui qui a été choisi parmi des milliers... Comment, dans ces conditions, les gens peuvent-ils parler des autres et de la question de la fidélité ?


Vous pensez que l’infidélité sera toujours un problème ?

L’infidélité a toujours existé et elle continuera d’exister. Elle changera juste de sens et de conséquences.

Peut-être que dans un siècle, tromper sera être avec son robot. Notons qu’aujourd’hui c’est la première fois qu’on peut tromper quelqu’un tout en étant couché à côté de lui dans le lit.


Peut-on vivre sans passion érotique, sexuelle ?

Oui, il y a des gens qui ont des passions pour la nature, pour les animaux ou pour l’art. Il y a plein de sources différentes de passion. Mais sinon, oui, on peut aussi vivre sans érotisme, sans se sentir ultra-vivant, sans avoir cette énergie vitale là. On peut vivre à petit feu. Mais ce n’est pas forcément simple, dans le contexte actuel. Si dans le passé, on était honteux quand on avait eu des rapports interdits, aujourd’hui on est honteux quand on n'en a pas. Il y a une tyrannie du "il faut être sexuel"...


Une autre jeune femme nous a écrit "Je suis infidèle mais je me sens fidèle avec moi-même". Vous en pensez quoi ?

Il y a des gens qui me disent ça. "Je mens à l’autre, et pour la première fois je suis honnête avec moi-même." Parfois le mensonge est cruel et destructeur, parfois il est bienveillant. La révélation peut être cruelle.

Les gens disent "je voulais être honnête, je voulais être transparent", ça veut dire quoi ça ? Tu as menti et maintenant tu veux être transparent ? Ton cauchemar s’arrête et celui de l’autre commence ?


Vous vivez aux Etats-Unis. Quelle différence constatez-vous entre les Américains et nous sur ce sujet ?


Avoir un accent français pour parler de la sexualité est un avantage. Mais avoir un accent français pour parler de l’infidélité est un désavantage [rires]. Les Américains pensent que les Français sont des dévergondés et que tout le monde ici a une maîtresse ou une double vie.

En réalité, les Américains ne trompent pas moins que les Français, mais ils se sentent plus coupables parce que c’est vu là-bas comme une infraction morale. Et pas comme une blessure relationnelle. C’est la différence entre "wrong" et "hurtful". En France, l'infidélité est vue comme quelque chose qui peut se passer et ça fait partie de la vie d’un couple.

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